Sorcellerie, Magie, Miracles : apprendre à distinguer…

Lectures Bibliques : Deutéronome 18, 9-13 — Matthieu 7,15-20 — Jean 5,1-9

Prédication :

Sorcellerie, Magie, Miracles… En choisissant ce thème pour notre réflexion de ce matin, les jeunes de l’Eglise confirment un engouement qui n’a rien de nouveau ! Les succès planétaires des sagas d’Harry Potter ou de Twilight ne font que confirmer ceux de Dracula ou de Frankenstein publiés au XIXème siècle. Il y a un engouement indéniable pour le surnaturel, l’étrange, le paranormal, le spiritisme et l’occultisme. On aime se faire peur. Mais dans le même temps, aujourd’hui comme hier, les jeunes comme leurs aînés développent et exercent leur esprit critique face aux récits bibliques qui évoquent ce surnaturel et, entre personnes éduquées, on n’accorde plus guère de crédit à la virginité de Marie, à la multiplication des pains, aux guérisons miraculeuses, ou à la résurrection de Jésus…

Serions-nous contradictoires ? Oui. Très certainement. Moi-même j’avoue osciller entre scepticisme et intérêt. Je me méfie beaucoup des miracles et par principe je n’accorde pas beaucoup de crédit à toutes ces pratiques dénoncées par le Deutéronome. Comme beaucoup je suis absolument convaincu de la nécessité de l’exigence rationnelle et de la démarche scientifique pour mettre une limite à la crédulité ambiante. Et si, par exemple, vous vous soignez par homéopathie, évitez de me demander mon avis… Et en même temps, ayant vécu quelques années en Afrique, dans des contextes culturels qui ont préservé une sensibilité traditionnelle à des réalités spirituelles et aux perceptions extra-sensorielles, j’ai été confronté de très près à des pratiques de sorcellerie d’une efficacité proprement effroyable. J’ai en mémoire un ivoirien de 33 ans, arrivé au Maroc comme tout jeune étudiant et ayant gravi par son seul travail tous les échelons de la réussite jusqu’à devenir le directeur financier du groupe ACCOR au Maroc. Marié et père de 2 adorables petites filles, cet homme d’une humilité et d’une gentillesse infinies, fidèle de l’Eglise, s’est trouvé en conflit avec une partie de sa famille qui estimait que sa réussite insolente volait une part de ce qui devait leur revenir. Depuis la Côte d’Ivoire, sa propre sœur a envoyé une sorcière sur place. En octobre la plus jeune des petites filles est brutalement décédée dans la cour de récréation sans aucune pathologie diagnostiquée. Et 2 mois plus tard, c’était au tour du père de mourir en 10 jours, terrassé par 5 pathologies aussi brutales qu’inexplicables chez un sujet jeune qui sortait de sa visite médicale de contrôle. Je les ai enterrés tous les deux et j’ai vu la sœur et la sorcière danser et crier de joie autour du cercueil… La seule conclusion que j’en tire me pousse à rester très humble devant des phénomènes que je ne comprends pas. Bien malin celui qui pourra affirmer que rien de tout cela n’existe, qu’il ne s’agit que de charlatanisme et de crédulité pour personnes sous-éduquées ! N’est-il pas au moins possible que la culture scientifique matérialiste dans laquelle nous baignons depuis les Lumières ait mis sous le boisseau tout un pan d’une réalité spirituelle restée vivace malgré nos dénégations aussi véhémentes que péremptoires ?  Pourquoi la Bible prendrait tellement de peine à nous mettre en garde contre de telles pratiques s’il n’y avait là qu’un ramassis de superstitions ? Plus de 10 fois la magie est dénoncée, 4 fois la sorcellerie, 22 fois la divination… Le catalogue des abominations qui font horreur à Dieu se veut exhaustif : sacrifices humains, magie, charlatanisme, astrologie, divination, sorcellerie, envoûtements, sorts jetés, consultation des morts… Je le répète, on n’interdit pas quelque chose qui n’existe pas. On s’en moque, on le dénigre, on le discrédite, on essaie d’éduquer ou de convaincre mais on ne pose pas un interdit. Mais alors, pourquoi interdire d’un côté ce qui semble être pris en exemple de l’autre ? Pourquoi est-ce interdit si Jésus lui-même pratique des guérisons, des miracles et des exorcismes ?

C’est ici que l’interpellation de Jésus prend un certain relief : Faites attention aux faux prophètes ! Faites attention parce qu’il y a un grand danger pour vous et qu’il vous fait apprendre à distinguer les uns des autres. Parce que ces puissances spirituelles qui sont mises en œuvre ne sont ni bénéfiques ni bienveillantes. Ils viennent à vous habillés avec des peaux de moutons. Mais au-dedans, ce sont des loups féroces… Posez-vous la question : quel esprit anime celles et ceux qui poussent à la révolte et à la violence ? Sont-ils des moutons qui prennent la défense du peuple ou sont-ils des loups féroces qui poursuivent d’autres buts ? Comment savoir ? Vous les reconnaîtrez en voyant ce qu’ils font. On ne cueille pas du raisin sur des cactus ! Certains sorciers d’aujourd’hui manipulent des forces spirituelles terriblement dangereuses et mortifères : esprit de la colère, esprit de la haine, esprit de la violence, esprit du mensonge et de la manipulation, esprit de la révolte et de la destruction… On ne cueille pas des figues sur des plantes piquantes. Un bon arbre produit de bons fruits et un arbre malade produit de mauvais fruits. A côté de l’Esprit de justice, de paix et d’amour, il y a d’autres esprits, d’autres puissances spirituelles aux fruits empoisonnés et il me semble particulièrement important d’apprendre à discerner, à distinguer, à reconnaître les uns des autres.

Voilà pourquoi je vous propose ce matin d’apprendre à distinguer ce qui relève de la magie, ce qui relève du surnaturel et ce qui relève du miracle. Les 3 plans me semblent relever de logiques différentes et porter des fruits différents.

Commençons par la magie d’abord. Cela me semble le plus simple à décrypter. La magie relève en fait du spectacle. Je m’explique : le ressort principal de la magie consiste à détourner notre attention pour dissimuler la réalité. Pour illustrer cela, nous avons vu hier soir avec les catéchumènes un spectacle d’hypno-mentaliste, un magicien spécialisé dans l’observation de nos micro-gestes pour nous faire croire qu’il est capable de deviner ce qu’il y a dans notre tête. Par l’hypnose, il endort notre perception du réel pour nous amener à croire et à faire des choses totalement farfelues comme oublier notre prénom ou hululer comme des fantômes… C’est exactement comme cela que fonctionne la pensée magique : elle repose sur notre incapacité à regarder la réalité en face au profit d’un fantasme de toute-puissance, l’illusion que notre désir va se réaliser par lui-même, comme une prophétie auto-réalisatrice, simplement parce qu’on en a envie. On se laisse conforter par des mantras qu’on se répète et qui nous font plaisir, qui nous flattent le narcissisme et le désir de toute-puissance. Un exemple de pensée magique qui fonctionne très bien en ce moment, c’est notre incapacité à accepter le réchauffement de la planète… On sait scientifiquement que la catastrophe est inéluctable puisque les décisions nécessaires ne sont pas prises, mais on n’y croit pas vraiment, on n’y pense pas quand on prend l’avion et on se laisse bercer par l’illusion que Dieu ne permettra pas le Déluge qui s’annonce… (cf. Jérémie 7,1-8)

Très différent, le surnaturel ne se situe pas comme la magie dans notre capacité percevoir ou non la réalité qui nous entoure parce que justement il nous fait sortir du monde que nous connaissons. Par principe, le surnaturel c’est ce qui n’est pas naturel et donc ce sur quoi nous n’avons ni connaissance scientifique ni explication rationnelle. Cela ne veut pas dire que ça n’existe pas mais seulement que nous n’avons aucun savoir sur cette réalité qui nous échappe et qui provoque notre étonnement, notre effroi ou notre émerveillement sans pour autant venir de Dieu. Le surnaturel nous fait comprendre que nous ne savons pas tout et que nous ne pouvons pas tout expliquer rationnellement et scientifiquement. Et justement là se situe le danger : dans ces puissances obscures qui s’exercent sur nos vies sans que nous n’ayons prise sur elles, le « côté obscur de la force » comme diraient les amateurs de Star Wars. Et plus cela nous échappe, plus cela excite notre imaginaire avec toute l’ambiguïté que nous relevions faite d’attirance et de répulsion. Il y a le côté un peu folklorique de l’astrologie et des horoscopes. Il y a un aspect plus inquiétant avec le monde des voyants, des gourous, des devins ou des sorciers. Et puis il y a un monde nettement plus dangereux avec les tentatives de connexion avec les morts, les esprits ou les démons. C’est là que l’interdit biblique résonne de la façon la plus nette : le spirituel ça existe, c’est dangereux et Dieu nous en protège.

Voilà pourquoi il faut distinguer le surnaturel du miracle. A la différence du surnaturel qui nous fait sortir de la réalité, le miracle doit être défini comme l’intervention de Dieu dans la réalité. Dieu intervient pour dévier le cours de notre vie et la réorienter radicalement en nous arrachant au Destin, en nous libérant de l’enchaînement inéluctable des causes et des conséquences. Le miracle, c’est quand Dieu dit : « Voici, je fais toutes choses nouvelles ! » (Apo 21,5) La Bible utilise le mot « dúnamis » (acte de puissance) pour en parler. Cela provoque peut-être notre étonnement voire notre émerveillement mais pas forcément à travers quelque chose de surnaturel : la beauté de la création, la puissance d’une prédication ou la naissance d’un enfant par exemple peuvent être vécus comme des miracles. Le miracle suppose donc la confession de foi de celui qui regarde le monde et les événements de sa vie et qui y discerne les traces de l’intervention de Dieu. Voilà pourquoi l’Evangile de Jean choisit d’utiliser le mot « sémeion » (signe) pour bien expliquer que les miracles n’ont pas de sens en eux-mêmes mais seulement par la signification qu’on leur donne par un acte de foi de celui qui croit qu’ils signalent la présence de Dieu dans sa vie. Ils sont comme la signature, le certificat, la trace de son passage. Le véritable miracle c’est donc la foi puisqu’elle seule discerne l’intervention de Dieu dans notre vie et dans le monde. Faites silence en vous-mêmes et essayez de retrouver la dernière trace du passage de Dieu dans votre vie. C’est cela un miracle.

C’est très exactement l’expérience faite par cet homme malade depuis 38 ans couché au bord de la piscine de Bethzata près de la porte des Moutons, cette histoire que nous avons lue dans l’Evangile de Jean. Lui il est là, couché, bloqué, paralysé dans son attente d’une puissance surnaturelle qui viendrait faire frémir l’eau de la piscine comme le dit la légende… Le premier qui descend dans la piscine quand l’eau se met en mouvement sera guéri… Alors il attend. Que voulez-vous qu’il fasse d’autre ? Il attend, sans grand espoir puisqu’il n’a personne pour le descendre dans la piscine et quand il essaie d’y aller, un autre descend avant lui. Voilà le Destin de l’homme malade. Le Destin de notre société malade c’est qu’elle organise la compétition des uns contre les autres : le premier qui descend sera guéri dit la légende… Alors la concurrence se met en place et comme toujours, les premiers restent les premiers : celui qui peut payer, celui qui a les bonnes relations pour qu’on le porte au bon endroit au bon moment… Et tant pis pour celui qui n’a rien, les derniers resteront toujours les derniers. Destin tragique d’un monde malade qui en est réduit à attendre l’intervention surnaturelle de Jupiter. Comment ne pas le détester celui-ci dont on suppose qu’il tient notre destin entre ses mains ? Jésus intervient dans cette histoire humaine faite de destin tragique, de pensée magique et d’attente de surnaturel. Par Grâce. Il prend la décision d’intervenir, de changer le cours de notre histoire désespérante tant elle semble toute tracée d’avance. Jésus voit qu’il est couché et il apprend que cet homme est malade depuis déjà longtemps. Il lui demande : « Veux-tu guérir ? »  Toute la différence est là tant avec la pensée magique qu’avec l’attente du surnaturel. « Veux-tu guérir ? »  En nous rendant la parole, Jésus nous redonne pouvoir et autorité sur notre propre vie. Cette décision nous appartient. Voilà le miracle. Jésus lui dit : « Lève-toi, prends ta natte et marche ! » Aussitôt, l’homme est guéri. Il est là, dans cette libération qui nous rend la maîtrise de notre propre vie. Tu es guéri. Amen.

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Pasteur de l’Eglise Protestante Unie du Saint-Esprit

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