« Jésus est le passage »

Prédicateur : Simon Wiblé

Frères et sœurs,

Pour ce culte du troisième dimanche après Pâques, j’ai donc retenu deux lectures bibliques : le Psaume 23 et un passage de l’Evangile de Jean. Ce passage de l’Evangile selon Jean, au chapitre 10, raconte une triple histoire : c’est l’histoire d’une bergerie (= d’un enclos), c’est l’histoire des brebis et c’est l’histoire d’une porte. Mais ces trois histoires sont bien plus qu’un simple récit pastoral, bien plus qu’un conte avec de belles paroles sur le berger et son troupeau. Ces histoires sont bien différentes de celles qui existent dans tant de livres. Commençons par l’histoire de la bergerie (ou de l’enclos).

En fait, il n’y a pas grand-chose à dire sur l’enclos en lui-même. C’est un enclos banal, avec une porte et des murs ; aujourd’hui on parlerait plus de fils de fer barbelés et de barrière. Dans cet enclos, nous dit le texte, il y a des bergers qui ne passent pas par la porte des brebis. Ils sont appelés voleurs et brigands. Et puis il y en a un qui passe par la porte, le maître de l’enclos lui ouvre, il entre. Jusque-là, il n’y a rien de spécial. Là où cela devient plus étrange, c’est que les brebis qui entrent par la porte peuvent en ressortir pour aller dans les pâturages.

Alors à quoi sert l’enclos, si les brebis peuvent en sortir immédiatement ? Ce qui est aussi curieux, c’est qu’il n’est rien dit des voleurs et des brigands, sauf qu’ils entrent par effraction et volent. Les brebis peuvent entrer et sortir librement de l’enclos par la porte, mais les voleurs ne le peuvent pas. Il semble qu’ils soient coincés à l’intérieur ou que, pour ressortir, ils doivent de nouveau « faire le mur », ne pouvant aller goûter à la nourriture au dehors, à la bonne herbe verte et grasse. Drôle de paradoxe ! L’enclos qui doit garantir la sécurité contient des voleurs et des brigands.

Au contraire, à l’extérieur, les pâturages sont symbole de liberté et d’abondance. Mais dans notre logique, l’extérieur, c’est plutôt le danger, la jungle, le risque. D’un côté, un enclos insécurisé, avec des moutons qui peuvent entrer et sortir et des brigands qui y sont enfermés. De l’autre, des pâturages où les brebis peuvent paître, aller et venir en toute liberté. Cette image, ce paradoxe que donne Jésus à travers la parabole que l’évangéliste Jean nous transmet, a pour nous une conséquence très importante. Si l’on pousse encore plus loin l’image de l’enclos en disant qu’elle représente l’Eglise, avec un grand « E », alors dans l’Eglise visible qu’est l’enclos, il y a :

  • des brebis qui suivent la voix de leur berger, c’est-à-dire des moutons fidèles à la volonté de leur maître, des chrétiens engagés au service de Jésus-Christ.
  • Mais, dans l’enclos, dans l’Eglise, il y a aussi des voleurs et des brigands. C’est-à-dire des hommes et des femmes qui sont loin d’être parfaits.

L’Eglise est donc un mélange de tout ce que peut être le monde, avec ses points positifs et négatifs. Et heureusement que l’Eglise n’est pas parfaite ! Heureusement qu’elle a aussi ses points noirs ! Car, sinon, rien de la différencierait d’une secte.

En effet, une secte, c’est un groupe où un brigand se prend pour un berger. C’est un groupe qui dit que le monde extérieur est dangereux, mortel, mais qu’au contraire la vie intérieure du groupe est parfaite. Une secte, c’est un groupe où il est affirmé que l’enclos est sûr, tranquille et paisible, où les brebis ne risquent rien et qui dit aussi que les pâturages du dehors sont dangereux.

Mais c’est exactement le contraire que nous dit ce texte. Il est affirmé que l’enclos contient les brebis, bien sûr, mais aussi les voleurs et les brigands. L’extérieur de l’enclos, par la porte qui permet d’entrer et de sortir librement, offre les pâturages, c’est-à-dire la bonne et fraiche nourriture dont le troupeau à besoin. Nous comprenons par-là que l’Eglise ne met à l’abri de rien ; elle est, au contraire, un lieu où l’on rencontre le monde, notre monde tel qu’il est. L’Eglise doit être à l’écoute du monde, à l’écoute de celles et ceux qui partagent notre commune espérance, mais aussi à l’écoute de celles et ceux qui ne la partagent pas. L’Eglise doit aussi accueillir.

Accueillir tous ceux qui nous ressemblent et qui sont issus de toute l’histoire du protestantisme ; accueillir encore tous ceux qui ne sont pas de cette tradition. Elle doit pouvoir se laisser questionner par le monde qui nous entoure. Bon sujet de réflexion mais, j’ai envie de dire … « revenons à nos moutons ! » Continuons notre parcours par l’histoire des brebis. Je viens de parler de l’enclos, de l’Eglise, mais il y a plus important que l’Eglise. Il y a les brebis, il y a les moutons. Oui, « revenons à nos moutons ! ». C’est une figure très utilisée dans la Bible : par exemple, le mouton (le bélier) que Dieu a donné à Abraham pour qu’il le substitue à Isaac. Dans la même idée, il y a l’image du troupeau de brebis représentant le peuple d’Israël ou encore celle de David, le berger.

Puis Jésus, comparé à l’agneau pascal, lors de sa crucifixion. Mais souvent la brebis et le mouton ont mauvaise presse. Ne parle-t-on pas de mouton de Panurge pour désigner tous ceux qui suivent aveuglement un leader, une idée ? Le mouton passe alors pour un idiot, un simple d’esprit ; on a même quelquefois reproché aux chrétiens d’être un troupeau de moutons bêlant, des brebis serviles, qui suivent sans broncher leur Eglise ou un Dieu qu’ils ne voient pas et un Christ mort depuis deux mille ans. On l’a reproché aussi au peuple d’Israël.

Mais ici rien de tout cela ; les brebis sont en troupeau, elles ont un enclos, de quoi manger,… Ces brebis savent même reconnaître la voix de leur berger. Elles ne suivent pas n’importe qui, elles suivent le vrai berger, le bon berger, celui qui les mène dans l’enclos et hors de l’enclos en toute sécurité. Oui, ce sont de bonnes brebis, de bons moutons, qui savent où est leur maître, celui sans qui elles sont perdues, celui qui donne sens à leur vie. Celui qui sauve. Cela veut dire que les moutons que nous sommes, les brebis qui sont les chrétiens, sont douées d’intelligence, de sens pratique, de bon sens et de foi. Foi en leur berger, foi en Jésus-Christ, foi que nous sommes conduits par Jésus-Christ dans l’enclos et hors de l’enclos, en toute sécurité. Et le premier acte de foi, c’est de répondre à l’appel du maître, répondre à la voix du berger en décidant de passer par la porte plutôt que par les murs.

On vous a déjà mainte et mainte fois expliqué qu’il ne fallait pas faire le mur non ? Alors, chers frères et sœurs, passez par la porte ! C’est Jésus qui le dit. Oui, passer par la porte, en disant que le seul passage possible, c’est l’entrée que constitue Jésus-Christ. C’est notre espérance de brebis, c’est notre foi de chrétien, dont l’acte premier est de montrer à tous les autres que le salut passe par la porte, par Jésus-Christ. Il ne passe ni par nous, les moutons, ni par l’enclos, l’Eglise. Le salut passe par la porte, par Jésus-Christ. Troisième et dernière histoire, celle de la porte. Je viens de parler de l’enclos, des brebis, mais il y a plus important que l’Eglise/l’enclos, plus important même que les brebis/nous les chrétiens. Il y a la porte ; « Je suis la porte », dit Jésus. Il aurait pu dire : je suis la clef de voûte, ou encore je suis la pierre angulaire et aussi le chemin, la vérité et la vie. D’ailleurs, il l’a dit dans d’autres textes que les évangélistes nous ont rapportés. Ici, Jésus est la porte. C’est banal une porte.

Mais c’est le mouvement. (Sans porte, comment serions-nous rentrés ici ? Et comment en sortirons-nous tout à l’heure ?) C’est banal une porte. Mais c’est la liberté. Quand un bâtiment n’a pas de porte, il n’a que des murs. C’est une prison. Plus précisément, les portes existent, mais elles s’ouvrent si rarement qu’elles privent de liberté. Une porte, c’est banal mais cela donne la vie. Par exemple, la porte de chez soi est alternativement ouverte et fermée, on peut s’y réunir et vivre autour de sa famille, de ses amis, et autour de la Parole aussi.

Dans l’histoire que raconte Jésus, le plus important ce n’est sûrement pas l’enclos (la bergerie), ce ne sont pas non plus les animaux de l’enclos ; le plus important, ce qui donne sens à tous les éléments, c’est la porte. La porte s’adresse à ceux qui sont à son seuil, elle les invite à passer, à la franchir et alors à goûter aux pâturages et à la nourriture en abondance. La porte les invite à donner un sens à leur vie, à découvrir le Royaume de Dieu, mais aussi à vivre pleinement dans le monde. Jésus-Christ est la seule porte qui ne se fermera pas devant notre nez ; nous sommes tous invités à passer et à passer encore. « Moi, je suis la porte – dit Jésus ; si quelqu’un entre par moi, il sera sauvé ; il entrera et sortira et trouvera des pâturages ».

Amen !

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