Lectures bibliques : Actes 8, 5-17 et Jean 14, 15-21
Prédicateur : Simon Wiblé
Frères et sœurs,
Nous sommes au cœur du long entretien de Jésus avec ses disciples, juste avant le choc de sa passion, de sa mort, l’étonnement du tombeau vide et des apparitions… Jésus enseigne aux disciples à entrer dans la nouveauté qu’il révèle, et la nouveauté c’est cette promesse, venue jusqu’à nous, appelés aussi par le Christ ; une promesse forte et mystérieuse. « Je ne vous laisserai pas orphelins ; je viens vers vous ». Jésus dit : « Je viens vers vous », au moment où il s’apprête à quitter ses disciples.
Le mot « orphelin » est à lui seul une révélation, une nouveauté ; en recevant Jésus-Christ, les disciples reçoivent la fraternité de Dieu ; celui qui accueille et écoute le Christ apprend que Dieu est son Père, un Père toujours présent et disponible, un Père qui donne et espère sans compter pour ses enfants, pour la vie qui est née de son amour et qu’il veut conduire à la liberté. L’amour désire pour l’autre la liberté. Dieu est amour, parce qu’il enseigne ses enfants à devenir ses frères, frères de Jésus-Christ dans l’œuvre de la liberté. Moi, enseigne Jésus, je vous ai révélé, par ma personne même, que vous n’êtes pas seuls ; et ce « Vous n’êtes pas seuls » a valeur éternelle ; vous ne vivez pas par hasard ; votre existence n’est pas un accident biologique, vous êtes les enfants de l’amour de Dieu, engendrés pour la liberté, et moi, Dieu avec vous, Dieu frère, je vais pour vous le manifester, en franchissant votre mort.
Quelques semaines après le tombeau vide, les disciples de Jérusalem sont comme nous, ici, ils ne voient plus Jésus, mais ils se souviennent de ses paroles, de sa promesse… Que signifie-t-elle ? Je pars, mais je ne vous quitte pas ; je pars, mais vous ne serez pas seuls. Le monde ne me verra plus, mais vous, vous me verrez ; cela signifie : Le monde me dira mort, mais vous me verrez vivant, par la foi ; le monde s’arrête à la mort, mais vous vivrez dans l’espérance. Le monde s’arrête au tombeau, et vous témoignerez du tombeau vide, du tombeau franchi. Parce que vous n’êtes pas du monde, enseigne Jésus ; vous êtes de l’amour. Et le monde lui-même est de l’amour. Dieu a créé le monde parce qu’il est l’amour, et l’amour donne la vie et la liberté.
Ainsi le monde ne peut pas recevoir le Christ, parce que c’est le Christ, le don de l’amour de Dieu, qui transforme le monde vers le royaume, qui transforme la mort en vie, en volonté, en don, en espérance. Vous n’êtes pas nés de la terre, mais de l’amour, et l’avenir de la vie, ce n’est pas la terre, mais la liberté. Voilà mon enseignement, dit Jésus, voilà la nouveauté, et cela, ni le monde ni le bon sens résigné ne peuvent vous l’apprendre, parce que c’est l’amour qui a engendré le monde, et pas l’inverse. Et Jésus promet un défenseur, un soutien, une présence encourageante, un guide ; c’est un peu tout cela qu’il y a dans le mot « paraclet », par lequel il désigne l’Esprit de vérité, l’Esprit Saint, et par ce mot, il le désigne, c’est très important, comme un compagnon, un collaborateur, et non pas comme une force souveraine qui s’imposerait en nous. Pourquoi cet allié stratégique pour les disciples, les frères de Jésus-Christ ?
C’est qu’à l’issue de son enseignement, Jésus leur dira : « Je vous envoie » ; je vous envoie enseigner au monde entier la vérité, la nouveauté que vous avez reçue par ma personne, par ma parole au milieu de vous ; je vous envoie annoncer que la vérité de la vie réside dans l’amour, et pas dans la violence ; que vivre, c’est donner, et pas se défendre ; c’est espérer, et pas condamner ; vivre, ce n’est pas attendre la mort, mais s’engager pour la justice, pour l’autre… Dans peu de temps, les disciples deviendront des apôtres, des envoyés, pour témoigner au monde comme Pierre à la Pentecôte : « Celui qui a été crucifié à cause de l’injustice, Jésus de Nazareth, celui-là est vivant pour l’éternité, par la puissance de l’amour ».
Le monde reçoit-il volontiers une telle annonce ? Est-ce pour lui une Bonne nouvelle, ou une ridicule ineptie ?
La vérité, est-ce ce que l’on voit, ou ce que l’on espère ?
Est-ce ce que l’on sait, ou ce que l’on croit ?
Est-ce l’amour, la véritable puissance, ou est-ce la force violente ?
Est-ce le don, la véritable richesse, ou est-ce l’avoir ?
La liberté, est-ce la rancœur, la vengeance, ou le pardon ?
Le monde, et nous-même, acceptons-nous d’entendre que par l’amour, tous sont vainqueurs, pour toujours, et pas seulement les plus forts, les plus habiles, pour un moment… ?
Je suis avec vous pour toujours, dit Jésus, par l’Esprit, parce que j’ai vaincu par l’amour.
Frères et sœurs, le monde reçoit-il volontiers une telle annonce ? Bien sûr que non ; c’est un message qui, aujourd’hui encore, s’oppose à tout ce qui va de soi ; aujourd’hui, pour nous, disciples et témoins du Christ pour le monde, et c’est bien ce que nous sommes, nous avons besoin de ce défenseur, qui nous défend autant contre nous-même, contre nos peurs et nos endurcissements, que contre les moqueurs résignés, les orgueilleux de l’argent, de la force et du bon sens, contre la fausse liberté de l’insouciance prospère, qui engendre le déni, le dénigrement de responsabilité, dont nous pouvons mesurer l’effet nuisible, mais aussi contre l’orgueil du sage de ce monde, qui produit le mépris démagogique, ou l’élimination purificatrice. Nous avons besoin du défenseur pour passer de la soumission à la résurrection, pour être dans l’humilité du Christ des artisans de liberté, de nouveauté.
Oh, de toute façon, il ne sert à rien de s’engager, de se démener, le monde est injuste, pourri, et il le restera, mieux vaut rester en retrait, et préserver sa petite vie, sa petite famille, son petit ou son gros capital, voilà une bonne assurance. Nous voyons que là où l’on ne s’engage pas, la peur et haine s’installent et dominent, soumettent. Celui qui se repose sur ce qu’il a, enseigne Jésus, il récuse le défenseur, il éteint l’Esprit, et il sert l’injustice et la mort. Celui qui ne sert pas l’amour sert la haine. Cela s’appelle la responsabilité, qui ne peut être isolée de la liberté. Nous avons reçu un appel ; que faisons-nous ?
Celui ou celle qui se lève, et met ses pas dans ceux du Ressuscité, qui voit dans l’autre un frère, une sœur, aimée par le même Père, celui-là vit la vie que la parole de Dieu a engendrée. Il ne meurt pas seul, mais vit avec les autres, et cette vie, c’est l’Esprit de vérité, qui nous encourage à donner, à risquer ce que nous avons reçu, l’amour du Christ, qui peut seul renouveler, ressusciter le monde. Comment ? Je vous envoie mettre cela en pratique : « Aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés ». Celui qui m’aime, et qui veut me connaître et me voir, qu’il aime le monde, sans attendre que le monde l’aime ; qu’il donne pour l’Evangile, pour le monde, sans attendre de recevoir en retour, car il a tout déjà : il est uni à la vie éternelle par l’Esprit de vérité, le défenseur, le soutien, le guide, l’Esprit de famille, l’Esprit du Père, de son amour, sa patience, son écoute et son pardon, l’Esprit de liberté, de confiance, de persévérance, l’Esprit qui va pour nous du Père vers le Ressuscité.
Si tu risques cela avec ton défenseur, je me manifesterai à toi, dit Jésus ; car tu me reconnaîtras en celui que tu aimeras, à cause de moi ; en celui auquel tu témoigneras de ma venue, de mon enseignement, en celui auquel tu donneras comme tu as reçu de moi, pour rien d’autre que l’amour, en celui-là tu me verras, car il sera ton frère, comme moi j’ai été et je suis ton frère, vivant pour les siècles des siècles.
Amen.


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