Prédicateur : Jean-Arnold de Clermont
Romains 6, 3-12
Ou bien ignorez-vous que nous tous, baptisés en Jésus Christ, c’est en sa mort que nous avons été baptisés ? Par le baptême, en sa mort, nous avons donc été ensevelis avec lui, afin que, comme Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, nous menions nous aussi une vie nouvelle. Car si nous avons été totalement unis, assimilés à sa mort, nous le serons aussi à sa résurrection. Comprenons bien ceci : notre vieil homme a été crucifié avec lui pour que soit détruit ce corps de péché et qu’ainsi nous ne soyons plus esclaves du péché. Car celui qui est mort est libéré du péché. Mais si nous sommes morts avec Christ, nous croyons que nous vivrons aussi avec lui. Nous le savons en effet : ressuscité des morts, Christ ne meurt plus ; la mort sur lui n’a plus d’empire. Car en mourant, c’est au péché
qu’il est mort une fois pour toutes ; vivant, c’est pour Dieu qu’il vit. De même vous aussi : considérez que vous êtes morts au péché et vivants pour Dieu en Jésus Christ.
Que le péché ne règne donc plus dans votre corps mortel pour vous faire obéir à ses convoitises.
Quand je tombe, dans le calendrier des lectures dominicales, sur ce texte de l’épitre aux Romains, je ne peux pas résister. C’est sur lui qu’une fois encore je dois poursuivre ma méditation.
Ce n’est pas que le texte de l’évangile (je devrais dire « les textes des évangiles) me fasse reculer. Il est essentiel : c’est l’évangile qui me donne le regard de Dieu sur notre monde, en Jésus-Christ. Son amour pour l’humanité tout entière, son pardon, sa volonté de guérison et de vie en paix, cela pour un monde malade de haines, de volontés de pouvoir, d’égoïsme. Ce monde dont l’évangile de Jean dit qu’il est ténèbres et rejette la lumière du Christ, et pour lequel, malgré cela, le Christ a donné sa vie parce que tel était le projet de son Père. Dans l’évangile, j’ai tout, sur Dieu, en Jésus-Christ.
Et pourtant ce matin, je choisis Paul, et ce texte de l’épitre aux Romains, peut-être pour la capacité de l’apôtre à traduire l’essentiel en formules choc, en quelques mots.
Mais avant de venir à l’une de ces formules choc, j’ouvre une petite parenthèse. Vous êtes-vous jamais demandé d’où Paul sortait tout son enseignement et, plus encore qu’un enseignement, sa réflexion théologique et mystique ? Alors que, vous le savez certainement, il écrit avant même que soient écrits les évangiles.
Tout d’abord il en donne lui-même la clé ; il n’est pas n’importe qui…
Il s’explique dans l’épitre aux Galates :
« Vous avez entendu parler de mon comportement naguère dans le judaïsme : avec quelle frénésie je persécutais l’Eglise de Dieu et je cherchais à la détruire ; je faisais des progrès dans le judaïsme, surpassant la plupart de ceux de mon âge et de ma race par mon zèle débordant pour les traditions de mes pères. »
Certes il s’est fait connaitre pour son zèle de « persécuteur des chrétiens » mais sur la base d’une solide formation juive, c’est-à-dire d’une riche connaissance de la Loi et des prophètes.
C’est alors que (je le cite encore) : « lorsque celui qui m’a mis à part depuis le sein de ma mère et m’a appelé par sa grâce a jugé bon de révéler en moi son Fils afin que je l’annonce parmi les païens, aussitôt, loin de recourir à aucun conseil humain ou de monter à Jérusalem auprès de ceux qui étaient apôtres avant moi, je suis parti pour l’Arabie, puis je suis revenu à Damas. Ensuite, trois ans après, je suis monté à Jérusalem pour faire la connaissance de Céphas et je suis resté quinze jours auprès de lui, sans voir cependant aucun autre apôtre, mais seulement Jacques, le frère du Seigneur. »
Il n’évoque pas l’épisode du « chemin de Damas », mais les trois années où « converti au Christ » il a écouté tous les témoignages qui se répandaient sur Lui, avant d’aller à la source la plus évidente Pierre et Jacques, à Jérusalem. Paul, c’est la rencontre de la grâce de Dieu, de la culture et de l’intelligence de l’homme ? C’est ainsi qu’il reprend à son compte les premières confessions de foi (je le cite encore) : « Je vous ai enseigné avant tout, comme je l’avais aussi reçu, que Christ est mort pour nos péchés, selon les Écritures ; qu’il a été enseveli, et qu’il est ressuscité le troisième jour… »
Paul n’avait pas besoin des Évangiles écrits. Il baignait dans le milieu où ces récits étaient vivants et racontés chaque jour. Sa connaissance est le fruit d’une parfaite relation entre la mémoire collective de la « première église » et sa propre réflexion théologique et mystique.
Je ferme ici la parenthèse dont l’objet principal était probablement de nous rassurer. Choisir un verset de Paul ne consiste pas à négliger le reste du Nouveau Testament et même des Écritures dans leur ensemble…
D’autant plus, vous allez le comprendre qu’il ne s’agit pas de n’importe quel verset !
« Vous aussi : considérez que vous êtes morts au péché et vivants pour Dieu en Jésus Christ. »
Je commente ce verset en trois temps.
Et d’abord ceci :
Baptisés en Jésus Christ, … en sa mort que nous avons été baptisés … ensevelis avec lui, … totalement unis, assimilés à sa mort, …notre vieil homme a été crucifié avec lui … détruit ce corps de péché … plus esclaves du péché. … libéré du péché. … morts avec Christ, … considérez que vous êtes morts au péché 11 fois en 10 versets, notre baptême est assimilé à notre mort en Christ, avec Christ, et sa mort comme notre mort assimilée à une libération du péché. Quand il a quelque chose d’important à dire, l’apôtre sait « enfoncer le clou ! ».
Nous tous baptisés en Jésus-Christ… en sa mort que nous avons été baptisés
Nos liturgies de baptême (anciennes) reprenaient cette thématique : Dans sa grande liturgie « verte », éditée en 1963, l’Eglise réformée de France disait : « Autrefois, le baptisé était plongé dans l’eau, comme s’il était noyé. L’eau du baptême est toujours le signe d’une mort, mais cette mort est celle de Jésus-Christ : portant le péché des hommes, il est descendu pour nous dans la tombe. Unis à lui par la foi, associés à sa mort, nous le sommes aussi à sa résurrection et nous devenons par sa grâce de nouvelles créatures. Tel est le mystère de notre salut. »
Il est étonnant que la liturgie n’ait pas repris tout simplement le texte de Paul plutôt que de faire des digressions sur la quantité d’eau… il est plus étonnant encore que l’on souligne que l’eau est un signe… de peur, je crois, d’une interprétation catholique…on veut rester dans le symbolique et éviter une sorte d’automaticité du baptême.
Alors laissons la question de l’eau et venons-en au cœur, ce que très justement la liturgie appelle : « le mystère de notre salut », être baptisés en Jésus-Christ.
Vous entendez certainement le double sens de ce « en Christ »
C’est d’abord dans ce que le Christ a fait pour nous, dans ce qu’il a été pour nous. Depuis son propre baptême, lui qui n’en avait pas besoin ! Quand Jean-Baptiste appelait à se repentir, de quoi le Christ avait-il à se repentir sinon du péché des hommes qu’il portait, et auquel il allait résister tout au long de son existence, alors même qu’il serait tenté par le diable, alors même qu’il était tenté à la veille de sa mort de renoncer à faire la volonté de Dieu, volonté qu’il accomplirait jusqu’à sa mort qui est mort du péché, vie plus forte que la mort.
Mais ce « en Christ » est tout aussi fortement un « nous en lui », nous ensevelis avec lui, unis à lui, assimilés à sa mort, crucifiés avec lui, libérés du péché…
Telles sont les deux faces du baptême, toutes les deux entre les mains de Dieu. La volonté de Dieu qui en Christ réconcilie le monde avec Lui-même, d’un Dieu qui regarde l’humanité à travers la vie et l’œuvre du Christ…
et, simultanément, je devrais dire ‘en complément’, chacun de nous, en qui le Christ vient vivre, pour nous conduire dans une vie nouvelle. Notre baptême c’est la rencontre entre la volonté de salut de Dieu, en Jésus-Christ, et nous qui recevons cette grâce.
C’est dire que la question de la forme que prend le baptême n’a aucune importance. Baptême d’un bébé qui un jour prendra le relais de ce qu’ont fait ses parents en reconnaissant à son tour la grâce première de Dieu. Baptême d’adulte qui un jour a découvert cette grâce inconnue jusque-
là… Ce n’est qu’une question de pastorale, vaut-il mieux baptiser les bébés et faire confiance aux parents et à l’Eglise pour leur faire découvrir le mystère de leur salut, ou attendre qu’ils le découvrent tous seuls ?
C’est une fois encore Paul qui met le doigt sur la seule problématique : l’ignorance. Ignorez-vous ? Ce que voulait dire le baptême dont vous avez été baptisé…. Ignorez-vous ce que Dieu a fait pour vous et que vous pourriez reconnaitre ? Au moins cela ne peut être votre cas… vous qui avec moi recevez ce texte ce matin…. Vous ne pouvez ignorer ce que Dieu a fait pour vous en Jésus-Christ.
J’aimerais avec ce texte vous en dire deux conséquences immédiates.
Que veut dire en effet : « Vous êtes morts au péché »
Vous aurez remarqué, tout d’abord, que Paul ne parle pas des péchés mais uniquement « du péché ». Derrière la notion même de péché il y a une image, celle du tireur à l’arc qui rate sa cible. Pécher c’est vouloir faire la volonté de Dieu et n’y pas réussir…
La réflexion de Paul est simple. La distance que nous prenons, j’allais dire inéluctablement, avec Dieu, nous fait ressembler à ce tireur à l’arc qui toujours rate sa cible… et en termes de salut cela devrait nous conduire inéluctablement à la mort, là où Dieu n’est plus. Et précisément notre union au Christ, voulue par Dieu, fait que nous pouvons rater la cible, notre mort ne sera plus « là où Dieu n’est plus ». Notre vieil homme a été crucifié avec lui … est détruit ce corps de péché … nous ne sommes plus esclaves du péché. … nous sommes libérés du péché
Rassurez-vous… je ne parle pas d’autres que nous. Nous commettrons des péchés (j’y reviens dans un instant) mais notre union avec le Christ fait que l’échec n’est plus « mortel ». C’est là le mystère de notre salut. Si tu fais tienne cette certitude que le Christ a donné sa vie pour toi, avec
lui tu as déjà traversé la mort, la vraie, celle qui te séparerait de Dieu.
J’ai dit : « Si tu fais tienne cette certitude… » et vous entendez peut-être cela comme une condition posée pour que cela devienne vrai.
Précisément c’est tout le contraire que nous dit Paul. Faire nôtre cette certitude c’est mener avec le Christ nous aussi une vie nouvelle. Ce n’est pas une condition, c’est un projet, un objectif, une saveur donnée à notre existence.
Il faudrait longuement illustrer cela. Je n’en donne que trois aspects.
A la lumière de cette méditation de l’apôtre, nous pourrions relire le sermon sur la montagne dans l’évangile de Matthieu et particulièrement cette séquence des « vous avez entendu… mais moi je vous dis ». Elle devient pour nous, non une paroi infranchissable, une sorte de loi plus exigeante que la loi, mais un appel à faire de notre vie un dépassement ; non une application stérile de la loi qui nous permettrait d’être contents de nous ou parfois, le plus souvent déçus par nos incapacités à faire la volonté de Dieu, mais l’assurance qu’accompagnés par son pardon, nous pouvons toujours nous relever.
Deuxième ligne pour notre propre méditation. Paul écrit : ignorez-vous que nous tous baptisés… NOUS TOUS. C’est un enseignement communautaire, pour nous paroisse du Saint-Esprit, sans oublier ceux qui nous écoutent à distance. C’est cette communauté que l’apôtre exhorte à vivre d’une vie nouvelle. Quand nous demandons pourquoi nous venons au culte le dimanche, pourquoi nous faisons vivre des association paroissiale « Esprit/Culture », « Dièse », « Catéchisme et école biblique », « Partage ou étude bibliques », et même « Assemblée générale ou conseil
presbytéral », la seule vraie question devrait être celle-ci : Cela nous aide-t-il à vivre d’une vie nouvelle et à en partager le bonheur autour de nous. Et comme nous avons besoin les uns des autres pour cela !
Un dernier mot : Mes propos sont-ils le fruit d’une nature optimiste ? Peut-être. Mais je suis convaincu que l’optimisme ne suffit pas. Car vient à nous cette parole véritablement libératrice qui nous fait entrer dans une autre compréhension de notre vie. Elle n’est plus soumise au
jugement. Ou plutôt le jugement est déjà passé sur notre vie. Le Christ a déjà fait la part de ce qui doit être purifié, pardonné. Et cette part a déjà été éliminée par la mort du Christ pour nous. Que craindrais-je encore ? Peut-être de ne pas savoir accueillir ce pardon. De rester les yeux tournés en arrière et de devenir statue de sel comme la femme de Lot. Mais si j’entends cette parole, si je la reçois comme la parole de Dieu pour moi, alors je peux regarder devant moi et marcher.

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