Nous sommes le Temple du Saint-Esprit – AG 2019

Lectures Bibliques : Ephésiens 2,19-22

Prédication

 

Quel texte biblique choisir pour inspirer l’Assemblée Générale de notre Eglise ? Parce que l’enjeu est bien celui-là : que nous puissions nous laisser inspirer, éclairer, guider, orienter non seulement par nos discussions, nos projets, nos règlements, nos souvenirs, nos rêves ou nos fantasmes mais d’abord et surtout par Celui qui a choisi de faire de nous sa demeure, un lieu que Dieu habite par son Esprit, pour reprendre les mots de l’épître aux Ephésiens. Que ton règne vienne ? Oui et que cela commence dans ton Eglise, Seigneur. Puisque nous portons fièrement le nom de Temple du Saint-Esprit, nous espérons que ce soit vrai. Et pourtant le prédicateur que je suis ne se fait guère d’illusion quant à la portée réelle de sa propre parole…. Pardonnez par avance l’aspect provocateur et relativement violent de ce que je vais vous lire mais ces mots écrits par Jacques Ellul en 1970 sonnent comme un véritable défi pour notre assemblée : « La prière obligée ouvrant des réunions d’administration de l’Eglise, conseils presbytéraux, régionaux, etc. Les hommes, chargés d’un ministère, qui gèrent les finances, font la stratégie de l’Eglise, exercent l’autorité, se sentent obligés de prier lorsqu’ils se réunissent. Assurément l’intention est bonne : placer ce que l¹on va faire dans ce domaine « sous le regard de Dieu ». Assurément, ces responsables doivent pouvoir prier ensemble. Pourquoi donc cela paraît-il aussi formel, aussi extérieur, aussi insignifiant ? Je ne puis plus supporter ces innombrables invocations au Saint-Esprit. Je ne puis plus croire à une action quelconque de cet ordre de prières. Alors que nous sommes si manifestement dénués de la présence et de la force du Saint-Esprit, que signifient ces prières de requête dont on sait d’avance que si elles étaient exaucées, si jamais le Saint-Esprit était donné, cela bouleverserait tous les plans financiers, toutes les prévisions, toutes les sages administrations ? Prières de pure forme, même quand celui qui la prononce est plein de piété, pour couvrir la médiocrité de nos décisions. Prière officielle qui nous permet ensuite de gérer selon nos propres idées, avec nos faiblesses, nos incapacités quelque chose que nous reconnaissons être à Dieu sans lui laisser la moindre place pour y exprimer sa volonté. Prière qui sert à nous donner bonne conscience en acceptant que l¹Eglise soit encore la médiocre affaire que nous savons. Prière fictive, qui affirme des lèvres que nous sommes au service du Seigneur alors que nous faisons très bien nos affaires tout seuls. Prière de couverture : en règle avec Dieu au début de la séance parce que nous l’avons invoqué, nous nous sentons d’autant plus libre de ne pas tenir compte du Seigneur dans la suite des discussions. Et j’ai toujours considéré que ces prières tombaient dans un grand silence et que seul le vide nous répondait. Et j’ai toujours été humilié lorsque j’étais chargé, dans de telles séances, de faire de telles prières, acceptant par convention sociale de faire ce que je voyais clairement être en fait une atteinte à l’honneur de Dieu. » (Jacques Ellul, L’impossible prière, Ed. Le Centurion, 1979, p.27-28.)

Frères et sœurs, l’interpellation, l’inquiétude, l’agacement même de Jacques Ellul doivent nous servir de vaccination. Nous devons le contredire par notre écoute de la Parole qui ouvre et accompagnera notre AG. Alors quel texte biblique pour inspirer nos débats et nos décisions ? J’ai été, un temps, tenté de m’approprier la parole du Christ à Pierre dans l’Evangile de Matthieu : Tu es Pierre et sur cette pierre je construirai mon Eglise… Je te donnerai les clés du Royaume des Cieux. Ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux et ce que tu délieras sur la terre sera délié dans le cieux. (Matt 16,18-20). Mais il faut savoir résister à la tentation ! Inspiré par nos discussions de jeudi soir au catéchisme pour adultes quand, désormais trop nombreux pour nous réunir dans mon bureau, nous avons accueilli avec reconnaissance deux nouveaux venus. Nous avons pu faire le tour de table pour constater l’extrême diversité des chemins qui se croisent et se rassemblent dans notre Eglise entre celles et ceux qui sont nés dans cette paroisse, fidèles parmi les fidèles, et ceux qui nous rejoignent depuis quelques semaines seulement, celles qui ont servi pendant des années au conseil presbytéral et celles qui demandent le baptême à l’âge adulte, celles qui ont 20 ans et celles qui ont passé 90 ans. Et c’est dans ce texte de l’épître aux Ephésiens que nous avons reçu le sens de ce que nous faisons ici quand nous nous rassemblons pour être ensemble le Temple du Saint-Esprit.

C’est pourquoi vous n’êtes plus des étrangers, ni des gens de passage. Mais vous faites partie du peuple de Dieu, vous en avez tous les droits et vous êtes de la famille de Dieu. La situation a donc changé… Entre ce temps où nous étions étrangers les uns aux autres, certains juste de passage (le texte grec parle d’exilés sans domicile) et ce moment présent où nous sommes devenus concitoyens et membres d’une mêma<e famille, quelque chose a changé. Il y a un avant et un après. Nous ne sommes plus les mêmes. En parlant d’étrangers, la Bible pointe l’absence de lien. Et en parlant d’exilés, elle évoque le manque de lieu. Pour parler de notre Eglise, le texte biblique joue donc sur cette ambiguïté du lieu à habiter (les pierres, la construction, l’espace qui constitue une maison) et du lien à tisser (les relations, les personnes, la communauté qui donne vie). Et la Bible affirme que désormais nous sommes liés par ce lien qui unit les membres de la famille de Dieu et que dorénavant nous avons un lieu qui nous est prore, une maison que Dieu vient habiter et qu’il remplit de sa présence. Vous qui arrivez, vous faites partie des nôtres, à égalité de droits et de responsabilité. Vous êtes ici chez vous. Ce n’est pas un vœu pieux, c’est une réalité que nous expérimentons avec joie est aussi le fruit du travail de la communauté. Il faut évoquer ici les 3 chantiers qui ont été mis en œuvre depuis l’an dernier pour que cela soit une réalité vécue :

  1. Faire de notre Eglise une paroisse où les familles sont les bienvenues (un espace-enfants dans le temple, des équipes de catéchètes motivées, la renaissance du scoutisme, les repas en famille une fois par mois, les locaux de jeunesse et de catéchèse en cours de rénovation)
  2. Ce temple majestueux hérité de nos pères qui nous est donné est notre maison commune dont nous devons prendre soin, une maison à habiter avec fierté (une lumière en cours de rénovation, des tapis changés, une verrière à éclairer et qui sera nettoyée, une sono à changer et une croix à remettre)
  3. Une Eglise ouverte et accueillante (une équipe d’accueil forte de 12 membres, un café avant et après le culte, le temple ouvert le jeudi midi, une équipe de communication : newsletter, site web, page facebook, cultes en FB Live, vitrophanie sur la rue)

Tous ces chantiers relèvent de notre responsabilité commune et de notre travail d’équipe, dans la confiance réciproque. Faut-il pour autant gonfler nos poitrails devant la fierté du travail accompli ? Sans aucun doute nous pouvons en être fiers. Faut-il nous congratuler les uns les autres pour l’œuvre accomplie ? Humblement il faut avouer que c’est très certainement nécessaire de se dire merci les uns aux autres, de reconnaître l’engagement fidèle des uns et des autres, souvent dans l’ombre d’ailleurs. Mais, de fait, nous le savons, l’essentiel n’est pas là. Et l’épître aux Ephésiens nous le dit : Vous êtes devenus – vous avez été édifiés la maison qui a pour fondations les apôtres et les prophètes. La pierre principale, c’est le Christ Jésus lui-même. Il faut remarquer le verbe au passif : « vous avez été édifiés, construits, élevés… » Cette œuvre n’est donc pas nôtre mais sienne et il ne faut pas usurper une place qui ne nous appartient pas. Cette Eglise du Saint-Esprit que nous sommes devenus ensemble n’est en fait ni le résultat de nos choix, ni le succès de notre volonté, ni le fruit de nos efforts. C’est ce que proclame aussi le prologue de l’Evangile de Jean : La Parole était dans le monde, et Dieu a fait le monde par elle, mais le monde ne l’a pas reconnue. La Parole est venue dans son peuple, mais les gens de son peuple ne l’ont pas reçue. Pourtant certain l’ont reçu et ils croient en elle. A ceux-là, la Parole a donné le pouvoir de devenir enfant de Dieu. Et ils sont devenus enfants de Dieu en naissant non par la volonté d’un homme et d’une femme, mais de Dieu. (Jean 1,10-13) Ce que nous sommes devenus et cette maison que nous avons reçue, c’est de Dieu que nous l’avons reçu et de lui seul. A lui seul soit la Gloire ! Voilà ce que rappelle l’épître aux Ephésiens : vous ne faites pas l’Eglise, vous la recevez. Ce n’est pas un objet extérieur à vous dont vous pourriez vous enorgueillir mais c’est ce que vous êtes. Et ce que vous êtes, enfants de Dieu, c’est votre Père qui vous l’a donné. Béni l’Eternel, ô mon âme, que tout en moi bénisse ton saint nom. Oui, bénis l’Eternel et n’oublie aucun de ses bienfaits ! dit le Psaume 103. Aujourd’hui, jour de notre AG, je veux n’oublier aucun de ses bienfaits. Je veux me réjouir avec vous de la qualité du lien qui nous unit. J’ai plaisir à vous retrouver et quand l’un.e d’entre vous manque à l’appel, ce n’est pas intrusif que de s’enquérir de ses nouvelles. Je veux me réjouir de cet accueil tellement chaleureux dont témoignent nombre de ceux qui entrent ici pour la première fois : c’est le sentiment de faire partie d’une famille qui domine quand on prend la peine de vous connaître par-delà l’image d’Epinal qui colle à notre paroisse. Je veux me réjouir et rendre grâces pour toutes celles et ceux qui acceptent d’être appelés à un service dans l’Eglise (6 appels – 6 oui !). Je veux me réjouir pour notre Eglise qui grandit semaine après semaine, de nouvelles familles, des demandes de baptêmes et de confirmations, des frères et sœurs qui reviennent après une longue absence, le groupe de KT adultes, le groupe des jeunes actifs, le groupe de louveteaux !

Bien sûr qu’avec les sujets de réjouissance apparaissent aussi les sujets d’inquiétude : pour le déficit financier de notre Eglise (plus de cotisants mais des fidèles donateurs qui donnent moins), pour l’action auprès des ados (il n’y a pas encore la masse critique ce qui nous a contraints à réduire le nombre de WE KT, pas encore d’éclaireurs, camp de ski fragile). Inquiétudes aussi pour les tensions qui devraient immanquablement apparaître entre celles et ceux portent cette Eglise Réformée depuis si longtemps et celles et ceux qui arrivent et qui ne se sentent pas forcément liés par ce passé et cette tradition réformée classique… Mais là encore l’épître aux Ephésiens nous apporte un éclairage libérateur en évoquant nos fondations. Nous les connaissons et elles ne sont pas négociables puisque nous reposons sur elles. Et c’est en quelque sorte ma mission pastorale que d’y veiller. Nous sommes édifiés sur le témoignage des apôtres et la parole des prophètes. Ce sont les seules fondations qui nous tiendront debout si la tempête se lève. Ils nourrissent et structurent une prédication solide basée la Parole qui nous donne le pouvoir de devenir enfants de Dieu parce qu’elle a le Christ comme pierre principale. Tout le reste est secondaire.

C’est en union avec le Christ que toutes les pierres de la maison tiennent ensemble. Et cette maison s’agrandit pour former un temple saint dans le Seigneur. En union avec le Christ. Voilà le seul critère décisif pour que toutes les pierres de la maison tiennent ensemble. Ce lien qui nous unit, cette maison que nous sommes devenus ensemble ne tiendra debout que si nous sommes et restons unis au Christ. C’est lui le ciment. Ce ne sont pas nos projets, nos finances, nos règlements ou nos traditions. C’est notre vie spirituelle qui nous relie au Christ. Sans doute que cela devrait orienter nos discussions et nos projets d’avenir. Je vois trois directions qui me paraissent nécessaires pour que notre Eglise atteigne la maturité :

  1. Que pouvons-nous proposer pour ménager une place pour la prière, la méditation et la retraite spirituelle dans notre paroisse ? Pour ne pas seulement nourrir notre intelligence mais aussi notre vie spirituelle, ce lien vivant avec le Christ ?
  2. Ne devrions-nous pas également songer à assumer cette mission qui nous est donnée de faire grandir cette maison pour former un temple saint dans le Seigneur comme le dit l’Epître aux Ephésiens ? Quel projet missionnaire pour notre Eglise ? Quelle évangélisation sans prosélytisme devrions-nous organiser pour partager ce lien avec le Christ que nous avons nous-mêmes reçu avec ceux qui ne le connaissent pas encore ?
  3. Et puis, ne serait-il pas temps de nous laisser interpeler par la souffrance des plus vulnérables pour enfin mettre en place un véritable projet d’entraide et de diaconie dans notre paroisse ? Puisque nous sommes en Christ, n’est-ce pas nécessaire d’essayer de propager sa résurrection auprès de celles et ceux que la vie a mis par terre ?

C’est en union avec le Christ que vous aussi, vous faites partie de la maison qui est construite. Et vous formez avec tous les autres un lieu où Dieu habite par son Esprit. Voilà ce qui fait de nous le Temple du Saint-Esprit. Que cela inspire nos débats et nos décisions. Amen.

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Pasteur de l’Eglise Protestante Unie du Saint-Esprit

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