Notre arbre va donner de beaux fruits

En ce deuxième dimanche de l’Avent, je ne sais pas si ce matin vous avez décidé de venir au culte pour vous faire bousculer, traiter de vipères comme la foule venue à la rencontre de Jean-Baptiste ou menacer d’être brûlé dans un feu qui ne s’éteint pas comme l’indique la phrase finale de ce passage percutant ?

Je pourrais essayer de vous rassurer en vous disant que ces paroles apocalyptiques s’adressaient plutôt aux pharisiens et aux sadducéens mais nous savons bien que nous leur ressemblons.

Je pourrais vous lire le récit de Marc au chapitre 1 dans lequel aucune menace n’est proférée : « Toute la Judée et tous les habitants de Jérusalem se rendaient auprès de lui et recevaient le baptême, dans le Jourdain, en confessant publiquement leurs péchés ».

Mais si je vous conduis vers Luc au chapitre 3, nous lisons : « Il disait donc aux foules  qui venaient pour recevoir de lui le baptême : Vipères, qui vous a montré comment fuir la colère à venir ? »

C’est donc bien un message qui s’adresse à tous que porte Jean-Baptiste, plus exactement un cri dans le désert pour reprendre l’expression d’Esaïe, citée dans ce passage. Un cri car ce n’est pas une parole doucereuse.

Si nous pensions qu’il suffisait de confesser nos péchés comme nous l’avons fait en ce début de culte ou recevoir le baptême comme cela pu être le cas pour la plupart d’entre nous, nous voilà remis à notre place : « Vipères, qui vous a montré comment fuir la colère à venir ? Produisez donc un fruit digne du changement radical ; et ne pensez pas pouvoir dire : Nous avons Abraham pour père ! »

Respecter nos rites religieux comme les pharisiens ou les sadducéens, se souvenir de notre baptême ou de nos glorieux ancêtres, nous réclamer de Calvin ou de Luther, justifier de la pureté et de l’authenticité de notre foi, tout cela ne nous protègera pas de la colère divine.

Jean-Baptiste appelle à un changement radical, un changement qui se verra car nous produirons un fruit digne de ce changement.

Remarquons au passage que ce changement ne vient pas de nous car Jean-Baptiste ajoute : « De ces pierres Dieu peut susciter des enfants à Abraham ».

La grâce de Dieu permet même à des pierres – quoi de plus stérile – d’être des enfants d’Abraham.

La colère divine est à la mesure de notre peu d’empressement à sortir de notre confort, notre propension à trouver mille raisons pour continuer notre petit bonhomme de chemin.

Dieu veut nous faire comprendre que nous devons faire des choix : Suivre le chemin de Jésus, celui de la vie, ou continuer de nous comporter comme les pharisiens ou les sadducéens. La vie ou la mort.

Et Jean-Baptiste poursuit : « Déjà la hache est prête à attaquer les arbres à la racine … » et je ne vous relis pas la suite pour vous épargner !

La vision du Royaume de Dieu de Jean-Baptiste a de quoi nous effrayer.

En ces temps compliqués : Covid, guerre, crise énergétique, populisme, violence, …, avions-nous besoin d’un nouveau sujet d’inquiétude au travers de la lecture de ce récit, nous qui étions venus ce matin chercher la paix ?

Certainement pas et j’ai deux bonnes nouvelles à partager avec vous.

La première est que la description du Royaume de Dieu lue ce matin dans Esaïe au chapitre 11 est tout autre : un royaume où il n’y aura plus de jugement, où la justice triomphera, où la paix règnera entre tous. Matthieu ne renie pas Esaïe et tient même à faire un lien entre ses prophéties et la prédication de Jean-Baptiste dans le désert.

La seconde Bonne Nouvelle, avec un B et un N majuscules, est dans le début du verset qui suit le texte de ce jour :

« Alors Jésus arrive … ».

Tout bascule alors …

L’annonce du jugement dernier devient indissociable de l’annonce de la Bonne Nouvelle ; « Alors Jésus arrive … ».

Celui qui vient nous ouvre la porte  du Royaume de Dieu, dès maintenant.

« Je suis la porte » dit Jésus. « Si quelqu’un entre par moi, il sera sauvé ».

A nous de le suivre vers ce royaume décrit par Esaïe.

Avec ses exhortations, Jean-Baptiste a préparé le terrain et nous pousse à tourner notre regard vers celui que nous envoie le Seigneur et à nous mettre en marche, maintenant, réellement, pour produire du fruit.

L’histoire de la nouvelle alliance ne fait que commencer.

Esaïe nous a annoncé la paix et l’espérance qui viennent, un monde où le loup cohabitera avec le mouton, où le nourrisson s’ébattra sur l’antre de la vipère.

Porteurs de cette espérance nous allons désormais suivre Jésus, prophète comme Jean-Baptiste, empêcheur de tourner en rond, comme lui, dur avec les puissants et exigeant, comme lui.

Dieu n’a pas choisi de s’adresser à nous au travers de super héros ; Jean-Baptiste est vêtu d’une peau de chameau et se nourrit de sauterelles. Il finira mal, dans un cachot puis la tête sur un plateau. Ce ne sera pas plus facile pour Jésus, né dans la clandestinité, caché dans une mangeoire, insulté, frappé, cloué sur une croix et abandonné de tous.

Nous allons le suivre jusqu’à la mort.

Mais nous savons qu’unis à sa mort par notre baptême, nous sommes relevés pour une vie nouvelle par sa résurrection.

C’est là le basculement de l’histoire de Dieu avec les hommes et notre conversion.

En Christ, son fils unique, nous renaissons en une vie nouvelle, laissant dans l’eau de notre baptême tous les oripeaux de notre vie d’avant.

Plus rien ne peut désormais nous séparer de Jésus Christ et de son amour. Nous vivons désormais de cet amour.

Nous pourrions en rester là, rassurés d’être rachetés et en bonne compagnie, et retourner tranquillement chez nous mais Jean-Baptiste, tout comme Jésus tout au long de son ministère, nous invitent à nous mettre en marche et à porter du fruit.

« Préparez le chemin, rendez droits ses sentier ! »

« La moisson est grande mais il y a peu d’ouvriers ». Aujourd’hui, je devrais plutôt dire : le chemin est long mais il y a peu de cantonniers.

Je ne sais pas si vous connaissez le triangle de l’inaction. C’est un schéma sur lequel on représente trois camps qui se renvoient la balle. Par exemple, s’il s’agit de lutter contre le réchauffement climatique,

 

  • l’individu dit : « Je ne peux rien faire tout seul. C’est à l’Etat et aux entreprises d’agir. »

 

  • L’Etat dit : « Si je mets une taxe carbone ou que je limite la vitesse, je vais avoir les gilets jaunes et je ne serai pas réélu. Si j’impose des contraintes aux entreprises, elles vont licencier. »

 

  • Les entreprises  disent : « Je produis ce que me demandent les clients. Je n’ai pas le choix.»

 

Tous ont de bonnes raisons de ne rien faire et renvoient la balle sur les autres. La bonne nouvelle c’est que je peux agir personnellement, je peux aussi agir au sein de l’entreprise et je peux agir vis des élus avec mon bulletin de vote.

Le monde est à moi !

Avec Dieu, l’Eglise et moi, c’est presque la même chose :

 

  • Je me dis : « Que puis-je faire face à ce monde violent, déchiqueté ? Personne ne m’écoute, je parle dans le vide. De toutes façons c’est foutu et le christianisme n’intéresse plus personne. Que le Dieu tout puissant fasse quelque chose ! Que l’Eglise trouve une solution !»

 

  • L’Eglise voit ses bancs clairsemés et se dit : « les jeunes ne viennent pas, c’est à cause d’internet et des réseaux sociaux, mais on est bien entre nous. Ou alors: « Les autres ne bougent pas. Pourquoi devrais-je m’agiter ? Et puis c’est le rôle du pasteur. Que fait Dieu pour nous ? »

 

  • Et Dieu ?

 

C’est là que mon image ne marche plus car Lui est actif et ne cherche pas d’excuses ! Il nous a recueilli dans sa main avant même que nous le connaissions et n’a de cesse de nous accompagner, de nous rattraper par le col quand lui tournons le dos – souvenez-vous de Jonas.

Il nous a envoyé son fils unique avec lequel nous sommes unis à jamais.

Nous n’avons plus de raison de nous inquiéter car il ne nous lâchera jamais.

Quant à ce qu’il attend de nous, c’est assez simple : préparer le chemin et le suivre.

Préparer le chemin en commençant par nous, par l’écoute de sa parole, par la prière, par le culte pour constituer un terrain propice afin qu’il puisse semer en nous et que nous portions du fruit.

Préparer aussi le chemin pour les autres, en Eglise, pour accueillir ceux qui voudront avancer avec nous, partager avec eux la lumière de Noël, comme nous le ferons tout à l’heure avec nos soixante invités adressés par le Centre d’Action Sociale Protestant à qui nous servirons un repas à l’étage.

Certes, la route n’est pas facile. Annoncer l’amour inconditionnel dans un

monde déchristianisé où tout se marchande et s’achète, annoncer la paix dans ce monde ravagé par les guerres et les haines, toucher nos contemporains plus individualistes que jamais, accaparés par les réseaux sociaux, tout cela n’est pas simple. Mais cela ne l’était pas plus à l’époque de Jean-Baptiste, de Jésus ou de Paul.

Il ne nous est pas demandé de sauver le monde mais de vivre de l’amour qui nous est donné et de le partager avec les autres. Le salut du monde, c’est l’affaire de Dieu.

Dieu ne nous demande pas de convertir à coups de bible sur la tête et ne tient pas une comptabilité de nos conquêtes chrétiennes. Nous ne sommes pas non plus des super héros.

Il nous demande simplement de nous mettre en marche et de choisir la bonne direction. Lui s’occupe du reste.

Dans ce monde qui peut paraître sombre, nous sommes la lumière du monde ! Peu importe la taille de cette petite étoile qui brille en nous. Elle ne s’éteindra jamais.

En ce temps de l’Avent, laissons-nous bousculer par Jean-Baptiste, recevons cette colère de Dieu comme un impatience à agir et mettons-nous en marche avec confiance. Partons à la rencontre de ceux qui seront mis sur notre chemin.

Enracinés dans la Parole de Dieu, nourris par son amour, enrichis par la vie communautaire, notre arbre va donner de beaux fruits !

Amen

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