Le Seigneur fut enlevé au Ciel et il s’assit à la droite du Père

Lectures Bibliques : Psaume 90, 3-4 – Actes 1, 1-11 – Ephésiens 4, 1-13 – Marc 16, 15-20

 

Prédication

Chères sœurs, chers frères, vous voudrez bien, s.v.p., garder en mémoire, tout au long de notre méditation, les 3 versets suivants extraits de nos lectures du jour :

Ps 90, 4 « Car mille ans sont à tes yeux comme le jour d’hier, quand il n’est plus »
Marc 16, 19 « Le Seigneur fut enlevé au ciel et il s’assit à la droite du Père »
Ephésiens 4, 14 « Ne soyons plus des enfants flottants et emportés par le vent »

Nous sommes donc toujours dans le temps de Pâques dans nos églises chrétiennes. Après la Passion, après la Résurrection, après les diverses apparitions dont celle aux disciples d’Emmaüs, la fête de l’Ascension nous plonge encore dans le mystère de Pâques comme pour l’approfondir. Quant à la fête de Pentecôte que nous célébrerons dans 10 jours, elle achèvera le temps liturgique de Pâques pour entrer dans le temps de l’Eglise, sans bien sûr épuiser le mystère qui depuis plus de 2 000 ans nous bouleverse et donne un sens à notre vie de croyants.
Au-delà de la crucifixion et de la résurrection, il n’est pas inutile de s’interroger sur cette élévation après les errances sur la terre pendant 40 jours du Fils de Dieu… Le Christ a en effet vécu pleinement son humanité, avant de « monter au ciel » pour revenir nous chercher, à la fin des temps, soit demain, soit dans un an, soit dans mille ans… peu importe ! pour me référer à la vieille sagesse du psalmiste du psaume 90. Que doit-on entendre dans cette localisation d’ordre géographique, car le Seigneur n’est ni en bas, ni en haut, en vérité !
Un pasteur que les plus anciens dans notre église ont bien connu (il s’agit de Michel Leplay) a raconté un jour l’anecdote suivante au sujet de ce qui nous préoccupe : il citait la question d’une journaliste à un prélat catholique. Je cite : « Dans votre religion (sic) disait-elle, ça monte et ça descend tout le temps » Et notre cher pasteur quelque peu facétieux continua dans la même veine en précisant qu’il ne pouvait que s’agir d’un doux voyage dans les étoiles du firmament.
En fait, l’Ascension : réalité ou mythe ? Faut-il être enclin à faire une lecture métaphorique ? Oui, certainement. Mais peu importe en vérité ! Car vraiment aux yeux de la foi, c’est l’amour et l’espérance qui sont proposés par cet événement. Le Christ s’absente mais il nous laisse sa bénédiction, c’est-à-dire sa présence jusqu’à la fin du monde. Le Christ « enlevé au ciel » n’est jamais aussi présent que placé à la droite du Père car précisément c’est par lui que nous pourrons accéder au Père désormais. Cette tension, cette dialectique entre l’absence et la présence du Christ, toujours intercesseur, nous plongent aux tréfonds du mystère chrétien. Dieu, invisible, hors de notre vue, n’est jamais aussi présent qu’à travers le visage torturé, de Jésus, son fils. Nous le savons depuis Pâques, l’Ascension nous le redit. Certes nous ne voyons pas Dieu et pourtant la foi chrétienne a comme source première et comme fin dernière le Père, c’est-à-dire Dieu révélé comme « expérimenté » comme Père, pour le dire avec les meilleurs exégètes comme Pierre Bonnard, qui fut professeur à la faculté de théologie de Lausanne dans la 2e partie du XXe siècle. Grâce au mystère pascal et au fait que Jésus-Christ a été enlevé au ciel, nous pouvons proclamer que Dieu n’est pas n’importe quel Dieu. Nous pouvons proclamer que Dieu est proche car sa puissance est une puissance qui n’a rien à voir avec la lourde crainte que pouvait inspirer le Dieu des temps anciens.

Avez-vous remarqué, chères sœurs et chers frères, et là je m’appuie encore sur Pierre Bonnard, le professeur de théologie de Lausanne, que dans le symbole des Apôtres, la première phrase commence ainsi : « Je crois en Dieu le Père tout puissant ». L’ordre des mots redisent les exégètes, n’est pas dû au hasard… Il y a un sens. Nous ne disons pas : Je crois en Dieu tout puissant… le Père . En fait, si nous sommes chrétiens, nos prières s’adressent à Dieu le Père. Ce n’est pas une simple question de sémantique car le Christ est mort puis ressuscité pour nous introduire auprès de Dieu le Père qui aime ses enfants, les croyants, les incroyants et aussi les demi-croyants que nous sommes parfois. Jean Calvin dans ses commentaires bibliques entendait la même chose dans les termes que je reprends : je cite « Christ a été élevé en haut, afin qu’il ait domination souveraine par-dessus les anges… » Il ajoute plus loin : « Il ne faut pas imaginer un lieu spatial ; car la droite par métaphore ou similitude signifie une puissance seconde après Dieu… afin que nous sachions que Christ n’a pas été reçu aux cieux pour jouir d’un repos bienheureux loin de nous, mais afin de présider sur le Monde pour le salut de tous… »
Nous sommes à l’instant où je vous parle, loin des mythes, loin des images d’Epinal, loin du ciel étoilé… Nous sommes dans la verticalité d’un récit porté par la foi, par l’amour et la confiance,  dès le mystère pascal en dehors de « l’espace-temps » dirions nous en forçant la réflexion en langage moderne.

Mais il est grand temps, chères sœurs, chers frères, que nous quittions le ciel ; il est grand temps que nous ne restions pas figés et béats devant la beauté d’un ciel étoilé. Souvenez-vous de ce qui arriva aux disciples qui restaient immobiles les yeux rivés vers le ciel : « Deux hommes vêtus de blanc leur apparurent et leur dirent : hommes galiléens pourquoi vous arrêtez vous à regarder le ciel ? » (Actes 1, 16) Il est grand temps d’affronter le temps terrestre qui passe ! Car, ajoute l’auteur des actes (Actes 1,7) « Ce n’est pas à nous de connaitre les temps ou les moments que le Père a fixés de sa propre autorité ». Depuis plus de 2 000 ans nous sommes dans le temps de l’Eglise sur notre terre. A la suite des apôtres nous sommes pressés d’agir mais paradoxalement nous avons du temps car nous connaissons les temps et le sens ultimes. Pour autant il n’est plus temps de se poser de vaines questions sur les fins dernières. Car le chrétien est, nous le savons, à la fois « dans le Monde et hors du Monde ». Et dans le Monde, il lui est donné, il lui est même enjoint, d’être le témoin en Christ pour partager un trésor dont personne sur cette terre n’est propriétaire, dans la mesure où personne ne peut enfermer Dieu dans une cassette comme le faisait Harpagon avec son or. Pour que nous ne soyons plus « des enfants flottants et emportés à tout vent » selon les paroles Pauliennes, il est de l’honneur chrétien de donner vie au temps qui passe, qui n’est pas la recherche du ciel sur la terre mais plutôt l’espérance dans le temps nouveau qui vient chaque jour. Car sur notre terre, pour chacun de nous, « la grâce a été donnée selon la mesure du don de Christ » comme le rappelle Paul aux Ephésiens.

Dieu le Père nous appelle à témoigner. Il faut donc que les chrétiens soient prêts à affronter avec courage tous les temps, au sens propre comme au sens figuré, bien sûr !
Certes, face aux bourrasques, au soleil trop chaud, aux tempêtes de toutes sortes, nous avons parfois du mal à rester debout ! Nous avons aussi parfois du mal à nous extraire des platitudes journalières dans nos pays tempérés dit-on, mais toujours assoiffés et jamais assouvis face aux tentations éternelles de nos sociétés. Ces sociétés qui veulent toujours consommer plus, au mépris du simple bon sens écologique parfois.

Sur un autre registre du temps qui passe, notons :
– Combien de révoltes qui naissent de la violence des hommes et non pas de la volonté de Dieu le Père.
– Combien de temps perdu quand nous sommes assaillis par les angoisses de toutes sortes ou englués dans nos solitudes.
– Combien hélas d’Eglises qui flottent parfois dans leurs témoignages.
Et pourtant, chers amis, il faut le dire avec vigueur et sérénité ; dès les premières communautés chrétiennes tout est dit : tout doit avoir un sens. Et depuis 2 000 ans, les chrétiens sont exhortés chaque jour à œuvrer là où ils sont à la venue d’un monde meilleur pour plus d’amour et de justice sociale. Là est notre témoignage !

Mais chères sœurs, chers frères, il est grand temps de conclure notre méditation sur cette belle fête que constitue l’Ascension. En effet, si le Christ « monte vers son Père », ce n’est surtout pas pour fuir le Monde ! Le Christ n’abandonne pas les femmes et les hommes de ce bas-monde ; il ne dédaigne pas les réalités terrestres, qui seraient prétendument et définitivement prisonnières du mal diabolique, pour rejoindre une sorte de « nirvana » errant dans je ne sais quel ciel étoilé. Oui, la foi chrétienne est une foi incarnée dans le Christ, à la fois pleinement homme qui nous comprend et pleinement Dieu qui n’abandonne jamais personne… Dieu le Père, à la lumière des Evangiles, s’intéresse à toutes et à tous, à chacun en personne puisque Jésus est retourné vers LUI. Nous ne sommes pas des petits enfants ballotés par les vents ni de beaux papillons qui butent contre la vitre.
Le chrétien, au-delà du ciel et de la terre, doit rester debout en rendant gloire au Père, ici et maintenant, tout en sachant qu’un jour, à la fin des temps, viendra le retour glorieux.

Amen

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