Jésus était-il africain ?

Lecture biblique : Matthieu 13, 24-30

Prédication :

Jésus enseigne par des paraboles. Il y a souvent beaucoup plus de sagesse dans une petite histoire que dans de longs discours philosophico-théologiques. A chaque fois que Jésus parle du Royaume des Cieux, il ne le fait pas en expliquant les choses, en les découpant en morceaux pour bien les analyser comme ferait un scientifique, il le fait en racontant une petite histoire : Le Royaume des cieux ressemble à…  une graine de moutarde qui a été plantée, un trésor caché dans un champ, un roi qui faisait des noces pour son fils. Moi je me demande si Jésus n’était pas africain ?? Il n’y a pas de prédication dite par un prédicateur africain qui ne contienne pas une petite histoire, un proverbe plein de sagesse et de malice et qui explique les choses d’une manière décalée et souvent plus profonde qu’un long développement qui voudrait décrire et chercher des preuves…

  • Le poulailler reste un palais doré pour le coq malgré la puanteur des lieux (Côte d’Ivoire)
  • Le poisson a confiance en l’eau et c’est dans l’eau qu’il est cuisiné (Burkina)
  • Ce n’est pas le jour de la chasse qu’il faut élever le chien (Niger)
  • Un jeune qui a beaucoup voyagé est plus âgé qu’un vieux qui est toujours resté au village (Gabon)
  • Le grain de maïs a toujours tort devant une poule (Bénin)
  • Si quelqu’un fait semblant de mourir, il faut faire semblant de l’enterrer (RDC)
  • Si tu te tapes la tête contre une cruche et que ça sonne creux, n’en déduit pas forcément que c’est la cruche qui est vide (Togo)
  • Si tu vois une tortue posée sur un mur, c’est qu’on l’a posée là (Cameroun)
  • Il en va du Royaume des cieux comme d’un homme qui a semé du bon grain dans son champ…

Tout de suite, nous sommes transportés ailleurs et par l’imaginaire nous faisons un voyage au pays de la sagesse et de l’intelligence. Je ne comprends pas ceux qui lise la Bible de manière littérale : ils se ferment la porte de la sagesse et de l’intelligence des Écritures. Ce n’est pas parce que Jésus imagine et invente ces histoires que ces histoires sont fausses : il n’est pas en train de mentir, il est en train de nous enseigner. Je veux vous inviter ce matin à quitter l’univers cartésien, scientifique et technique dans lequel nous sommes baignons, enfermés, prisonniers que nous sommes d’une conception étroite et étriquée de la vérité, pour retrouver la sagesse qui enseigne par des paraboles et des proverbes pour nous aider à comprendre la vie et le monde dans lequel nous vivons.

Il y a beaucoup de sagesse à découvrir que le manque de vigilance laisse une place indue à cet ennemi qui vient au moment où tout le monde dort pour semer zizanie (ivraie), discorde, confusion et malheur. J’admire comment, en quelques mots tout simples, Jésus est capable de nous enseigner sur une question tellement délicate, tellement grave, tellement sérieuse qui occupe l’humanité depuis toujours qui est la question : d’où vient le mal, la souffrance et le malheur ?

  • Le mal ne vient pas de Dieu : Dieu a semé de la bonne semence et tous ses serviteurs le savent et ils sont étonnés de retrouver de la mauvaise herbe dans le champ. Alors ils se demandent : est-ce que Dieu aurait permis cela ? Le mal n’est ni voulu ni permis par Dieu.
  • Le mal est causé par un ennemi… Subtilité : « son » ennemi devient « un ennemi », il n’est pas en guerre contre moi, il est en guerre contre nous… Il nous veut du mal et nous en sommes les victimes
  • Le mal est entré dans le monde à un moment où tout le monde dormait. L’homme n’est pas mauvais en soi puisqu’il n’est pas responsable par lui-même de l’existence du mal, ce n’est pas lui qui sème de la mauvaise herbe… N’y a-t-il pas une sagesse à recevoir cet appel à la vigilance sur ces petites graines de mal qui sont semées sans que nous réagissions ?

Il y a beaucoup de sagesse à redécouvrir que le champ a d’abord été ensemencé avec du bon grain et qu’il ne faudrait peut-être pas l’oublier pour ne pas se laisser fasciner par la présence des mauvaises herbes qui occuperaient tout notre champ de vision et qui masqueraient ainsi la beauté du monde. Finalement, Jésus nous apprend que la mauvaise herbe que nous rencontrons n’a pas tant de puissance que ce que nous voulons lui attribuer. La mauvaise herbe ne peut que masquer la beauté du monde, et encore, de manière temporaire et sans jamais être en capacité de la détruire. N’y a-t-il pas urgence à ré-entendre aujourd’hui l’appel à préserver notre capacité à admirer le beau, le bon et le bien dans ce que nous voyons autour de nous ? C’est ce que j’appelle l’esprit d’émerveillement. A mes yeux, c’est la marque même du chrétien. Voyez quel amour le Père nous a témoigné pour que nous soyons appelés enfants de Dieu ! Et nous le sommes !  (1 Jn 3,1) Littéralement, le texte dit: « Voyez de quel pays vient cet amour ». On pourrait traduire par « De quelle planète ? Combien c’est démesuré ? Combien c’est extraordinaire? » On voit là la différence entre un chrétien et une personne religieuse. Il y a une différence radicale entre celui qui dit « C’est absolument incroyable que Dieu m’aime ! » et qui regarde sa vie avec émerveillement comme un don, une grâce un cadeau et celui qui travaille dur et fait des efforts pour être quelqu’un de bien, qui se refuse de nombreux plaisirs, et qui essaie d’endetter Dieu. Le révélateur ultime, le test à l’acide qui révèle la foi, c’est de garder l’esprit d’émerveillement quand les choses tournent mal et quand la vie devient difficile. C’est là que l’on fait la différence. Bien sûr, j’ai fait une dichotomie irréelle entre « le chrétien » et « le religieux ». Amis chrétiens, sachez qu’à la mesure dont vous contemplez la grâce de Dieu, vous serez capables de regarder vos difficultés et dire: « Soit ! Mon Père doit savoir ce qu’il fait ici, parce qu’il m’aime. Dieu ne me doit rien. » Vous serez capable de traverser le désert. Et quand des bonnes choses arrivent, vous direz: « Voyez ! Quelle grâce ! » L’émerveillement est la marque de la connaissance du Seigneur.

Il y a beaucoup de sagesse aussi à savoir rester à sa place et à résister à la tentation de vouloir jouer les justiciers et les va-t-en-guerre. Veux-tu que nous allions arracher la mauvaise herbe ? J’ai un peu l’impression que les serviteurs essaient de se rattraper de leur bêtise. Le maître vient de leur dire qu’au fond ils étaient responsables de l’entrée du mal par leur manque de vigilance. Alors, ils essaient de bien faire : si nous avons fait tomber un verre qui s’est répandu au sol, nous apportons le balai et la serpillère pour ramasser les morceaux et nettoyer la place. J’entends ici la bonne intention des disciples qui veulent nettoyer le champ de la mauvaise herbe. Pardonne-leur Seigneur, ils ne savent pas ce qu’ils font ! Ils se croient capables de juger et de discerner. Il y a une expression qui dit qu’on est « entre chien et loup », pour parler de ce moment de la fin du jour où on ne distingue plus l’un de l’autre et où cela devient dangereux de se promener seul… Jésus fait la même chose ici entre le blé et l’ivraie. Allez voir sur internet et vous vous rendrez compte que les 2 plantes se ressemblent vraiment. Il est presque impossible de les distinguer. La seule chose qu’on puisse faire c’est attendre la récolte : le blé aura des grains, l’ivraie restera stérile. L’un pourra produire de bons fruits et nourrir, l’autre ne sert à rien d’autre qu’à amener de la confusion. L’interdiction de manger de l’arbre de la connaissance du bien et du mal reste bien actuelle : nous sommes incapables de discerner entre chien et loup, entre bon grain et ivraie, entre bien et mal. Et Jésus confirme ce constat dans Matthieu 7, 1-5 : Ne jugez pas, afin de ne pas être jugés. (…) Pourquoi regardes-tu la paille qui est dans l’œil de ton frère, et ne remarques-tu pas la poutre qui est dans ton œil ? Le trône du juge n’est pas vacant et Dieu ne nous a pas invité à nous asseoir sur ses genoux pour nous poser en juge des autres… ou de nous-mêmes. Le maître retient le bras vengeur de ces prétendus serviteurs fanatiques qui se croient investis d’une mission d’épuration destructrice. Vous ne pouvez pas, dit-il, mesurer l’impact pervers et mortifère du cycle infernal de la vengeance et de la haine. Jamais en mon nom. Dieu n’a pas besoin de défenseurs. Dieu a besoin de serviteurs qui ne se laissent pas fasciner par la présence de la mauvaise herbe mais qui gardent le regard fixé sur le bon grain. C’est d’ailleurs un principe pédagogique extraordinairement puissant : valoriser l’acquis, le beau, le positif pour prendre appui dessus est beaucoup plus efficace pour sauver le monde !

Il y a beaucoup de sagesse, enfin, à écouter la sérénité de celui qui a semé le bon grain dans son champ et qui sait que la mauvaise herbe n’aura jamais le dernier mot. Il ne faut jamais perdre de vue que viendra un jour où la mauvaise herbe sera arrachée et brûlée. Cela s’appelle l’espérance et c’est le moteur de l’humanité le plus pur et le plus puissant : ensemble nous espérons un monde sans violence, sans discrimination, sans injustice, sans barrière ni clôture, sans misère et sans pauvreté. Notre espérance nait de cette simple petite parabole qui n’a l’air de rien. En quelques mots, Jésus nous donne d’embrasser l’ensemble de l’histoire du monde. Vous n’entrez pas dans le Royaume de Dieu au moment de votre mort et encore moins à la fin des temps, dit Jésus, parce que Dieu règne d’un bout à l’autre de l’histoire ! Il règne depuis l’origine du monde (quand il a semé le blé) et il règnera jusqu’à la fin du monde (quand il récoltera le blé). Il règne ici et maintenant (quand le blé pousse au milieu de l’ivraie). La parabole nous aide à regarder l’ensemble de l’histoire du monde. Le maître a acheté le champ. Il l’a labouré pour préparer les semailles. Il l’a semé. L’assoupissement des serviteurs a laissé par porte ouverte à l’ennemi qui a semé de la mauvaise herbe. Puis est venu le temps de la croissance où l’on attend la récolte et où l’on s’inquiète pour elle. Le temps du souci et de l’inquiétude où la peur risque de prendre le dessus. Mais la sérénité et la tranquillité du maître nous aide à voir plus loin et à calmer peurs et inquiétudes dans nos vies. Le mal n’aura jamais le dernier mot dans la vigne du Seigneur.  Nous connaissons déjà la fin du match. Alors nous regardons les autres s’agiter devant leur télé, en train de regarder le match en différé. Ils ne connaissent pas ce que nous connaissons et ils ont peur de perdre. Nous le savons bien nous qui avons perdu espoir en voyant le Maître cloué sur la croix, nous avons laissé la peur prendre le dessus sur notre vie. Mais la résurrection est venue mettre un terme à notre inquiétude. Non, le Maître ne laissera jamais le mal prendre le dessus. La puissance de la parabole éclate dans toute sa splendeur : la seule chose qui a un début et une fin dans ce monde, c’est l’existence du mal et de la souffrance. Viendra un jour où nous mangerons la récolte et nous serons invités aux tables éternelles, au festin des noces de l’Agneau. Le Seigneur règne d’un bout à l’autre de l’histoire ! Voilà la vérité. Amen.

 

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Pasteur de l’Eglise Protestante Unie du Saint-Esprit

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