Je suis la voix de celui qui crie dans le désert

Jean a une mission bien particulière. Il doit annoncer que quelqu’un vient. Il a un rôle d’annonciateur. Jean est le doigt tendu, il est le panneau indicateur qui montre quelque chose, qui désigne une direction. Jean doit montrer le Messie.
Jean baptise, il plonge les gens dans l’eau. Bientôt il baptisera un homme qui s’appelle Jésus et en qui ses disciples, puis les chrétiens, reconnaîtront le Messie.
Les Juifs, en se reportant à un passage du prophète Malachie, attendent le retour d’Elie. Ils pensent qu’Elie reviendra pour dire que le Messie sera bientôt là.

« Je suis la voix de celui qui crie dans le désert : Rendez droit le chemin du Seigneur, comme a dit le prophète Esaïe » Jean 1, 23
« Une voix crie dans le désert : Ouvrez le chemin de l’Eternel, Nivelez dans la steppe une route pour notre Dieu. » Es 40, 3

Jean va chercher son idée chez le prophète Esaïe, au début du chapitre quarante du livre du prophète Esaïe.

Pour comprendre, faisons un peu d’histoire. Esaïe — le second à qui on donne ce nom — parle vers 540-536 avant notre ère. Un grand nombre d’Israélites sont exilés quelque part en Mésopotamie. Esaïe annonce qu’ils vont pouvoir revenir dans leur pays, d’où on n’aurait jamais dû les enlever. Ils vont revenir et, pour cela, on doit leur préparer un chemin, une route, la route qu’ils suivront pour rentrer chez eux.
Là encore, on est sur du solide. La parole qu’Esaïe prononce de la part du Seigneur vise du concret, une piste dans le désert, et plus qu’une piste, une route où on puisse marcher commodément, peut-être une route carrossable. Jean pense donc à ce chemin, à cette route. Seulement, il prend le mot chemin dans un autre sens qu’Esaïe. Esaïe pense à une vraie route. Jean pense à un chemin imaginaire, à une figure de chemin. Pour Jean, le chemin, c’est l’arrivée du Messie, du Christ, c’est le parcours mental ou spirituel qu’il va suivre. Ou celui que les gens doivent suivre pour se préparer à l’accueillir. Jean-Baptiste a pour fonction de préparer les Juifs à recevoir ce Messie, il trace le chemin du Messie dans les mentalités. Ce chemin, c’est celui que les gens doivent suivre tout autant que celui que le Messie suivra. L’évangéliste Jean transforme le texte d’Esaïe. Il prend ce mot chemin dans un sens figuré. Marc — et probablement le groupe de chrétiens qui est derrière lui ou avec lui — opère cette transformation, ce changement de sens.

Deuxième exemple avec le mot désert.
Il se trouve à la fois dans Esaïe et dans sa citation par Jean. Pour Esaïe, le désert est un vrai désert, un désert géographique, matériel, celui qui s’étend entre la Mésopotamie et Israël. Pourquoi ne le prendrions-nous pas dans un autre sens, dans un sens figuré ? Ce serait un désert d’ordre moral ou d’ordre spirituel. Ce désert-là serait le désert mental, le désert spirituel, celui que nous rencontrons à chaque pas dans notre monde moderne. C’est le vide. C’est l’absence de foi. On n’a plus de références. On n’a plus de point fixe à quoi se raccrocher. On n’a plus rien pour s’orienter, pour comprendre ce qui est bon ou mauvais, ce qui est juste ou injuste. C’est le vide.

Comme on le sait, la nature a horreur du vide, le vide spirituel aussi bien que l’autre. A défaut de références, on en invente. Faute de foi, on se crée des religions et des croyances. Le désert géographique est dangereux, le désert de l’absence de foi aussi.

C’est ici que nous pouvons jouer le même rôle que Jean-Baptiste. Nous pouvons ouvrir un chemin dans le désert de l’incrédulité, dans le désert de l’absence de foi, dans le désert des sectes. Ouvrir un chemin dans les mentalités, pour les préparer à recevoir le Seigneur, quand il viendra visiter quelqu’un. Ce Seigneur que la plupart des gens ne connaissent pas, parce qu’ils lui ont tourné le dos ou parce que personne ne leur a parlé de lui. Ouvrir un chemin, c’est, par exemple, montrer ce qui fait vivre, ce qui peut faire vivre les hommes de notre temps.

Les gens attendent. Ils ont besoin, même sans le savoir, de quelque chose de solide où ils puissent bâtir leur vie. Ils le trouveront en acceptant de suivre une évolution de leur pensée, une transformation de leur manière de voir les choses. Quand quelqu’un vit ce changement, on dit qu’il a suivi un cheminement. Dans cheminement il y a le mot chemin. C’est ce chemin que les gens sont invités à parcourir et que nous pouvons les aider à suivre. Comment ? Par notre parole, bien sûr. Expliquer ce qu’apporte la foi, ce que Dieu peut faire dans une vie, c’est par là qu’on peut commencer.
Mais pas seulement. Ce que les gens souhaitent, ce ne sont pas tellement des paroles, même des paroles chrétiennes. Plus parlants que nos paroles, ce sont nos actes, c’est notre manière de vivre animée par la Parole de Dieu, par la présence de Dieu dans notre vie. Les gestes témoignent autant que nos mots. Par nos gestes nous pouvons devenir ce chemin par où le Seigneur passe pour atteindre les autres, comme il est passé autrefois par Jean-Baptiste.

Jésus-Christ est venu pour dire la Parole de Dieu à tous. Avec lui la Parole de Dieu n’est plus limitée à Israël.
La Parole était déjà donnée à Israël dans le Premier Testament. Avec Jésus et avec ses premiers disciples, elle passe aux païens. Les païens sont invités à la même foi, à la même vie dans la foi. Quand des gens rencontrent le Christ, ils rencontrent la même Parole de Dieu déjà présente en Israël et dont les Juifs actuels continuent à vivre. Le chemin reste ouvert pour les païens de notre temps, comme il était ouvert au temps de l’apôtre Paul.

Ce n’est pas Paul, mais Pierre, qui nous servira de conclusion. Dans la seconde lettre qui porte son nom, il y a un passage sur le temps.

« Le Seigneur ne retarde pas l’accomplissement de sa promesse comme quelques-uns le pensent. Il use de patience envers vous, il ne veut pas qu’aucun périsse, mais il veut que tous arrivent à la repentance. » 2P 3, 9

L’auteur affirme que Dieu ne tarde pas à réaliser sa promesse de transformer le monde. La transformation du monde est justement la mission que le Messie doit réaliser. Il ne tarde pas, mais il nous laisse du temps.
Du temps pour croire en lui, du temps pour vivre avec lui.
Mais il laisse aussi du temps à ceux qui ne croient pas pour se tourner vers lui.
Et donc également du temps pour témoigner, du temps pour évangéliser, du temps pour préparer le chemin et pour être ce chemin.

Amen !

 

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