Allons au désert !

Lecture Biblique : Matthieu 4, 1-11, Marc 1, 12-13

 

Prédication

Chères sœurs, chers frères « Allons au désert » !

Dans l’évangile de Matthieu aux versets 1 et 2 du chapitre 4 il est dit : « Jésus fut conduit par l’Esprit au désert pour y être tenté par le diable. Il jeûna quarante jours et quarante nuits, puis il eut faim ».

Dans l’évangile de Marc aux versets 12 et 13 du chapitre 1 il est dit : « l’Esprit poussa Jésus dans le désert, où il passa quarante jours, tenté par Satan. Il était avec les bêtes sauvages, et les Anges le servaient ».

Vous aurez noté, en écoutant notre lectrice de ce matin, que préalablement au Désert, Jésus a été baptisé dans l’eau du Jourdain par Jean-Baptiste. C’est pourquoi, chères sœurs, chers frères, parce que nous sommes aussi baptisés et donc habités par l’Esprit, je vous invite à partir au désert pour méditer et nous préparer pour Pâques… dans la période appelée « CARÊME ». Pour le dire d’une manière appropriée à notre époque, nous sommes invités à faire retraite, à marquer un temps de réflexion, selon les possibilités de chacune et de chacun en ayant à l’esprit la vie terrestre, en humanité, de Jésus fils de Dieu jusqu’à la montée au Calvaire où il sera crucifié pour devenir ainsi pleinement le Sauveur.
Nous savons bien que nous avons quotidiennement de très nombreuses préoccupations qui ne sont d’ailleurs pas toujours futiles, heureusement ! Il y a l’éducation des enfants, la vie professionnelle (y compris hélas le chômage pour certains). Il y a aussi le soutien aux parents âgés, et bien d’autres soucis comme par exemple, en ce moment, la lutte contre la terrible pandémie appelée « Covid 19 », que nous traversons. Et pourtant, se déprendre de nos habitudes, quelques instants par jour face aux multiples soucis journaliers peut être salutaire ! Comme le Christ, laissons-nous donc tenter par le désert, pour reprendre l’expression des 3 évangiles synoptiques. A ce propos, je vous précise que Luc, dans son évangile que je vous invite à lire dans votre particulier, reprend le récit de la tentation dans des termes semblables à ceux de Matthieu.
Aller au désert, dans le langage de notre époque, c’est donc résister aux courses perpétuellement quotidiennes, c’est prendre son temps, quelques moments par jour, soit pour prier, soit pour prendre des nouvelles d’amis restés trop longtemps silencieux, soit pour lire un livre que l’on a laissé de côté pour plus tard, soit pour s’arrêter au bord de la Seine pour profiter d’un pâle rayon de soleil d’hiver et de méditer sur le sens de notre vie, soit pour regarder la joie des enfants, qui tournent sur le manège du quartier. Bref c’est sortir du « train-train » quotidien. Prendre un temps de retrait ce n’est pas, me semble-t-il, se lancer dans un ascétisme échevelé ! Il n’y a pas dans cette démarche la recherche de l’accomplissement d’un acte héroïque, lié à une vaine recherche de contrition ou de rachat. Faire Carême, se mettre un temps en retrait, ce n’est pas forcément mener une vie austère, faite de privations ; ce n’est pas forcément se retirer dans un lieu conventuel ; ce n’est pas se flageller à la manière des pénitents du Moyen Âge pour prétendument expier ses fautes ; ce n’est pas forcément ne plus manger de viande ; ce n’est pas forcément jeûner systématiquement en prétendant imiter Jésus-Christ, ce qui risquerait d’ailleurs d’être perçu comme quelque peu blasphématoire, car bien sûr Jésus-Christ est inimitable !

A ce moment de notre réflexion, je me permets de vous citer un extrait des « Commentaires Bibliques » de Jean Calvin sur le jeûne de Jésus au désert : « … Par quoi, ça a été une pure niaiserie d’introduire à l’imitation de Christ le jeûne de Carême, comme on l’appelle…  Maintenant ceux qui jeûnent tous les jours de Carême veulent faire croire qu’ils suivent Christ … Plût à Dieu, continue plus loin Jean Calvin, que nous puissions dire que l’entreprise de tels gens n’a été qu’un badinage ou une singerie… ; c’est aussi une superstition perverse, puisqu’ils croient en outre qu’un tel jeûne est une œuvre méritoire »
Ne pas faire du Carême une œuvre méritoire, voilà l’essentiel comme dit Jean Calvin avec pertinence et dans un vocabulaire incisif. Il parle de niaiserie, de singerie… Mais pour tous les chrétiens et comme pour aussi Jean Calvin, il n’est pas interdit de faire du Carême un temps de réflexion, un temps de retrait. Pour autant prenons garde, chères sœurs, chers frères ! En prenant un temps de retrait en Carême, il y a un danger, un risque ; ce risque est de rencontrer le Seigneur sur la route de notre réflexion… Se retirer de l’agitation du quotidien, nous oblige, nous incite à réfléchir sur notre propre foi. Le risque n’est pas  tant de rencontrer le tentateur sous quelque forme que ce soit ! le risque premier c’est de se trouver, nu et dépouillé, face à face avec lui le SAUVEUR. Mais quel Dieu voulons-nous rencontrer ? A moins d’accepter de vivre sans Dieu, ce ne peut-être, disons-le sereinement, que le Dieu de l’Amour, qui sait tout de nous, de nos fragilités, de nos faiblesses et de nos errements ! C’est pourquoi nous pouvons donc nous remettre entre ses mains pour combattre, si besoin est, les tentations si subtilement distillées par Satan… A ce moment là, faire Carême signifie lâcher prise, faire confiance à Dieu, dont la bonté est incommensurable.

Ces tentations chez Matthieu sont au nombre de trois.

1 – Il y a d’abord la tentation de se contenter seulement du pain, c’est-à-dire se contenter – en langage d’aujourd’hui – des bienfaits de la société de consommation dont nous abusons.

2 – La deuxième tentation est celle de se laisser séduire par les Anges, qui nous berceraient d’illusions pour échapper aux conséquences de la chute vertigineuse du haut du temple… C’est de la magie ou l’horoscope si prisé par certains encore aujoud’hui.

3 – la dernière tentation serait celle, bien connue, de vouloir exercer le pouvoir absolu sur l’ensemble de l’univers, y compris sur les êtres humains.

Le face à face entre le diable et Jésus et là comme un combat, brutal, direct, porteur curieusement d’une sorte d’ambivalence de la part du Tentateur ; celui-ci attaque en effet Jésus par un si tu est Fils de Dieu qui semble suggérer que Satan le reconnait implicitement comme tel. Certain exégètes, par exemple  Pierre Bonnard ,qui a écrit un commentaire de l’Evangile de Matthieu qui fait référence dans la 2ème moitié du XXe siècle, suggère que le SI tu es fils de Dieu, peut se lire PUISQUE tu es fils de Dieu, en signe de révérence… sorte d’hommage du vice à la vertu peut-être ?
Si Satan parait déjà savoir que Jésus est le fils de Dieu, Jésus lui-même est là à l’orée de son ministère comme fils de l’homme ; il s’est identifié à vous, à moi, face à des tentations, oh combien humaines, trop humaines ! Satan, avec beaucoup d’habileté, suggère à Jésus de se rendre autonome par rapport à son père et de profiter sans vergogne de sa vie sur terre, pour engranger des richesses, pour se laisser prendre par le vertige de la séduction ou pour s’emparer du pouvoir absolu sur tout ! En résistant aux pièges tendus par Satan, Jésus a manifestement voulu dès le début de son ministère vivre certes, en humanité, mais aussi en Fils obéissant qui n’a pas renié Dieu son Père au grand dam de Satan dépité.

Regarder lucidement les tentations dont nous venons de parler, les nommer explicitement permet aux croyants que nous essayons d’être de mieux discerner les combats que le chrétien doit mener notamment pour plus de justice. J’emploie le terme « combat », car la vie du chrétien est faite d’engagements, de prise de risque au service d’autrui en toute liberté, au besoin contre l’opinion publique !… En effet le Chrétien est un être debout qui grâce au sacrifice du Fils unique de Dieu au Golgotha est armé pour affronter les éventuelles idoles tentatrices et ainsi mieux servir Dieu et autrui selon le double commandement que nous connaissons : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta pensée et de toute ta force , c’est le premier grand commandement. Et voici le second qui lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Aucun autre commandement n’est plus grand que ces deux là ».

En conclusion, chères sœurs, chers frères, entrons maintenant au désert, entrons en retraite pour ensuite, le moment venu, repartir enrichis  sur la route, revigorés, ragaillardis pour la gloire de Dieu.

Amen

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