Retour sur les rencontres d’automne 2026

Comme lors des précédentes éditions, nous avons à nouveau quatre invités remarquables. Chacun d’eux nous offre un temps privilégié pour les écouter nous raconter ce qui les motive, leur poser des questions, échanger avec eux.
Mardi 22 septembre : Jean-Marc Sauvé, ancien vice-président de Conseil d’État
Jean-Marc Sauvé a remplacé au pied levé Véronique Margron pour un entretien mené par le pasteur Jean-Arnold de Clermont. Il est revenu sur son enfance dans une famille d’agriculteurs catholiques de la Somme. Ses parents, profondément engagés, soignaient et accompagnaient tout le village, et il dit avoir appris d’eux le sens du service. Il voit d’ailleurs sa carrière comme une façon de poursuivre leur engagement dans une société devenue urbaine. Passionné très tôt par la chose publique, il a été reçu à l’ENA en 1971 puis en a démissionné pour passer deux ans chez les jésuites. Il a ensuite compris que, pour lui, servir les hommes était la meilleure manière de servir Dieu. Il estime que le bien commun et l’intérêt général sont deux faces d’une même réalité et dit n’avoir jamais connu de conflit entre sa foi et ses fonctions. Il a en revanche refusé certains actes contraires à l’éthique publique, comme un arrêté d’expulsion sans fondement ou le logement de luxe d’un ministre.
La seconde partie a porté sur la Ciase. Le rapport a mis au jour une responsabilité systémique de l’Église : elle n’a pas su voir, entendre ni protéger les enfants, et il pointe aussi une théologie qui sacralise le prêtre. Jean-Marc Sauvé raconte avoir vécu cette mission comme une épreuve intime, qui l’a conduit à distinguer plus nettement la Révélation de l’Église comme institution humaine. Sa foi se nourrit aujourd’hui de la Bible, des mystiques, de ses rencontres et, en dernier lieu, des homélies. Face au public, il a salué la reconnaissance par les évêques de la responsabilité institutionnelle de l’Église et le dispositif de réparation des victimes, tout en regrettant l’absence de cadrage national plus strict. Il ne voit pas dans le célibat une cause des abus. Il plaide en revanche pour un pouvoir mieux partagé avec les laïcs, hommes et femmes, et, à titre personnel, pour qu’on se pose la question de l’ordination des femmes.
Mardi 29 septembre : Général Thierry Burkhard, Ancien Chef d’État-Major des Armées
Mardi 29 septembre, le Général Burkhard, nous a livré une parole claire et sans faux-semblant sur le nouvel ordre mondial :
- Le recours systématique à la force sans faire appel à la diplomatie ;
- La volonté de désoccidentaliser le monde de la part de Poutine et des Etats qui ne se reconnaissent pas dans les valeurs de l’Occident, au moyen notamment de la guerre informationnelle ;
- Le poids du changement climatique dans la vision des responsabilités et des devoirs de chacun.
Face à ce bouleversement de l’ordre international, sa parole se fonde sur les valeurs qu’il porte, telles que la préservation de la cohésion nationale, la transmission du souvenir des personnes qui sont mortes pour que nous vivions en démocratie et dans une société plurielle et respectueuse de sa diversité.
Chef d’état-major des Armées jusqu’en août 2025, et aujourd’hui Délégué national de l’Ordre de la Libération, Thierry Burkhard est engagé dans un travail de valorisation de la mémoire auprès d’une jeunesse en recherche de sens. Une parole rare et précieuse, fruit de son parcours exceptionnel à la tête de nos armées, indispensable dans notre monde troublé et sujet à des forces de division et de conflit.
Une Rencontre d’automne à réécouter !
Mardi 6 octobre : Christine Lazerges, Professeure émérite de droit privé à l’Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne
Ses racines protestantes (un de ses grands-pères a participé à la rédaction de la loi de 1905), son entourage familial (un jeune frère porteur de trisomie 21) et ses jeunes années de formation ont contribué à forger chez Christine Lazerges une exigence de justice fondée sur l’égale dignité des personnes. Initialement attirée par une carrière de juge aux enfants, elle s’est finalement décidée à devenir enseignante en université afin de combiner sa passion pour la justice et son goût de la transmission.
Christine Lazerges a su concilier une vie familiale et un parcours professionnel riches avec d’autres engagements. Ainsi, elle a contribué à la création d’une nouvelle université à Abidjan au début de sa carrière, puis à son retour, a été élue adjointe au maire de Montpellier, en charge de l’enfance, de la jeunesse et de la prévention de la délinquance, y fondant l’une des premières associations d’aides aux victimes, aujourd’hui insérée dans le réseau France Victimes.
Ses différents travaux, à l’Assemblée nationale, puis au sein de la CIASE, la commission sur les abus sexuels dans l’Église catholique, l’ont conduite à distinguer l’indemnisation, que le procès permet d’envisager, de la réparation, entendue comme soutien à la reconstruction de la victime, qui exige d’autres lieux d’écoute. Elle met notamment en garde contre l’imprescriptibilité des violences sexuelles qui, selon elle, enferme la victime dans un statut, l’empêchant de guérir et de témoigner.
Ancienne présidente de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH), Christine Lazerges défend l’Etat de droit en démocratie.
Personnalité engagée, elle a souhaité rester fidèle au message de l’Evangile tout au long de sa vie.
Jeudi 15 octobre : Jean-Claude Casadesus, chef d’orchestre
Né dans une famille d’artistes, sa première grande passion, enfant, a été la découverte de Jean-Sébastien Bach mais aussi de la valse et du tango.
« La musique m’a « rapté » ! », dit-il. Une musique sans exclusive, aussi bien classique, contemporaine, que de jazz ou de variété. Il enregistre en studio avec Brel, Piaf ou Aznavour, joue du jazz, ce qui lui donne le sens des styles.
Devenu timbalier solo dans l’orchestre Colonne, ce poste d’observation lui ouvre bientôt une autre voie, celle de la direction d’orchestre, au moment où la musique de Wagner se révèle à lui. Il a 30 ans. Commence alors l’aventure de l’orchestre national de Lille qu’il sauve de la disparition, avec le soutien de Pierre Mauroy, maire de Lille, et de Michel Guy, ministre de la culture.
Pour Jean-Claude Casadesus, être chef d’orchestre, c’est être au service de la pensée musicale du compositeur, fédérer les musiciens, partager la musique avec le public, là encore sans exclusive. Sa devise « Porter la musique partout où elle peut être reçue », non seulement dans les plus belles salles du monde mais aussi dans les hôpitaux, les usines, les prisons, est pour lui une mission citoyenne que les politiques doivent soutenir.
Merci à nos quatre intervenants et à leurs interviewers pour la qualité de leurs échanges.

Laisser un commentaire