« Venez à ma suite… »

Frères et sœurs,

A l’écoute de ce passage de l’évangile selon Matthieu, je retiens deux choses essentielles ou fondamentales qui fondent notre foi chrétienne. Deux choses fondamentales donc : d’abord que le Christ vient vers nous et qu’ensuite nous sommes appelés non pas à aller à sa rencontre puisque c’est lui qui vient, mais à le suivre. Le Christ vient vers nous et nous, nous sommes appelés à le suivre.

  1. Le Christ vient.

Oui, frères et sœurs, c’est le Christ qui vient vers nous et jamais le contraire. Nous sommes tous comme ces quatre premiers disciples, toujours pareils aujourd’hui. Nous ne cherchons pas le Seigneur, c’est le Seigneur qui vient nous trouver. Au creux de nos labeurs, au milieu de nos journées, le Christ passe et il appelle. L’initiative de la rencontre ne le regarde que lui. Nous disciples, ou futurs disciples ou bien encore disciples en devenir, nous n’avons aucune initiative. C’est le Christ qui vient. Nous, chrétiens d’aujourd’hui, nous sommes comme les disciples d’hier. Si au départ, nous n’avons aucune initiative, aucun projet, le Christ passe au creux de nos vies et parce qu’il a un projet pour nous il prend l’initiative en premier : il appelle.

Quand c’est le Christ lui-même qui vient vers nous, il nous appelle à son projet de vérité. Un projet de vérité, c’est vrai mais aussi un véritable projet de vie. Un véritable projet de vie parce que quand les disciples (ou plutôt les futurs disciples) entendent l’appel de celui qui vient, « aussitôt » ils se lèvent. Quand la Parole du Christ heurte leurs oreilles, à la première action, donc, du Christ dans leurs vies, ils réagissent. Ils se lèvent. Ils se mettent en mouvement. A ceux qui l’entendent, la parole du Christ donne immédiatement du mouvement, une impulsion. Et le mouvement précisément, c’est ce qui nous rend tous vivant.

Quand la vie ne bouge pas, quand la vie est immobile, alors elle n’est pas vivante. La parole du Christ rend d’abord vivant parce qu’elle donne ce mouvement, cette impulsion. Elle fait se lever, se relever. La parole du Christ fait véritablement vivre parce que la parole du Christ ressuscite le vivant dans nos vies toujours immobiles. Alors que nous ne cherchions pas, alors que nous étions enfermés immobiles dans le quotidien de nos jours : le Christ est passé ; et sa parole, en nous appelant, nous a donné du mouvement. Et sa parole nous a rendus vivants. Le Christ passe. Le Christ appelle et son appel met en mouvement. Mais de quel mouvement parlons-nous ? Du mouvement vers le haut des disciples qui se relèvent ? Ou d’un autre mouvement encore ? Peut-être est-ce des deux à la fois dont il s’agit.

Le premier mouvement qui relève (ou pour employer une expression biblique : qui ressuscite), le premier mouvement est un mouvement permanent. La parole du Christ interrompt en permanence l’immobilité de nos vies. En permanence, elle appelle. En permanence, elle relève.

  • Le Christ vient
  • Il appelle

Il y a aussi effectivement un autre mouvement, qui lui aussi est permanent, dans la parole de celui qui appelle. On entend ce mouvement dans l’appel lui-même. On entend ce mouvement immédiatement : « suivez-moi ». Le disciple est appelé à « suivre ». Il n’est pas appelé à aller un peu partout n’importe comment. Non, il est appelé à suivre le Christ. Il est donc appelé à rester dans le mouvement de la parole qui l’appelle. Rester dans le mouvement, rester dans le vivant. Le disciple est celui qui suit (du verbe suivre). Il est celui qui reste derrière. Il est celui qui se laisse ainsi guider. Le disciple n’est pas celui qui tient les rênes. Ce n’est pas lui qui a l’initiative de la direction et de la vitesse.

Non, le disciple est celui qui suit simplement (je veux dire avec simplicité). Cela signifie qu’aucun disciple ne connaît le véritable chemin. Le disciple au contraire est celui qui ne sait pas, il est celui qui ignore le chemin mais qui malgré tempêtes et marées, se laisse guider. « Suivez-moi (venez à ma suite) et je ferai de vous des pêcheurs d’hommes (d’humains) ».

Etre appelé, c’est être changé, c’est changer. « Convertissez-vous, car le règne des cieux s’est approché ! » (v. 17), autre traduction : « Repentez-vous car le royaume des cieux est proche » C’est aujourd’hui le temps d’une décision.

Voici une Parole qui n’essaye pas de résoudre la crise, mais de la provoquer ! Provoquer une crise de conscience, et pourquoi pas une crise de foi !

Voici une Parole qui vient bouleverser l’ordre du monde, qui vient contester l’immobilisme de chacun.

Cette Parole, je lui donne ma foi, ou je garde ma foi pour tous les discours qui prêchent la résignation et le « à quoi bon » ? Conversion !

Parole qui provoque la crise, pour provoquer la décision. Personne ne peut décider de vivre à ma place. Personne ne peut désirer à ma place. Personne ne peut avoir foi en l’avenir à ma place. Personne ne peut accomplir le premier pas hors de mes dépendances, de mes peurs, de mes prisons mentales, à ma place. Personne ne peut décider de vivre et de croire, de croire et de vivre, à ma place.

Conversion !

Un mot qu’on traduit dans nos Bibles aussi bien par le mot « repentance ». Se repentir, ça ne veut pas dire se morfondre dans la mauvaise conscience et s’accuser de tous les maux, ça veut dire se tourner vers Dieu. Sortir de l’enfermement en soi-même et se tourner vers Celui qui est notre Autre, notre Père, notre Seigneur, Celui qui ne souhaite que nous libérer de tous nos esclavages, Celui qui nous invite inlassablement à oser choisir la vie, Celui qui désire renouveler notre foi en l’avenir.

« Se repentir » et « se convertir » c’est la même chose (et la prière de repentance dans nos cultes pourrait tout aussi bien s’appeler « prière de conversion »). La conversion, c’est le fait de se laisser déplacer par la Parole de Dieu. Laisser la Parole de Dieu nous déplacer. Nous mettre en route. Nous faire quitter nos multiples lieux d’enfermement, nous détacher non pas du passé mais d’un attachement malsain au passé, nous saisir et nous bouleverser intimement pour que dans l’horizon bouché une lumière se lève, même tremblotante comme un falot en pleine tempête.

Conversion ! C’est un mot qui résume bien l’Evangile et qui n’a jamais été aussi actuel. Nous allons conclure avec ce mot de « conversion », car c’est un mot qui invite au mouvement là où on crève d’immobilisme, qui invite au courage là où monte la tentation de baisser les bras, qui invite à la confiance là où on se morfond dans la désespérance, qui invite à la vie, la vie autrement, la vie malgré tout, la vie avec le Christ, la vie qui naît d’une foi renouvelée en l’avenir.

Parce que l’avenir, Dieu l’ouvre, Dieu le rend possible, Dieu le donne. Pour toi. Même si tu n’y crois pas, même si tu n’y crois plus, même si tout le monde te dit que tu as tort, le Christ te le dit : il y a un avenir pour toi. Même si l’épaisseur de tes ténèbres menace de t’engloutir entièrement, le Christ te le dit : il y a une brèche de lumière ouverte pour toi.

Alors convertis-toi : fais un pas vers l’avenir que Dieu t’offre, tourne-toi vers Celui qui t’appelle à avancer sur le chemin de la vie, laisse-toi réformer par la Bonne nouvelle du pardon et de la liberté, laisse- toi « reformer » par la Parole qui reconnait en toi un être humain capable de vie.

Alors que ce premier jour de la semaine, ce culte en ce dimanche matin soit pour nous l’occasion de fêter la vie qui nous est donnée… et quelle meilleure manière de fêter la vie que de devenir, nous-mêmes, chaque jour à nouveau, des vivants ? Amen !

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