Une équipe qui gagne !

Lecture Biblique : Jean 15, 1-17

Prédication :

 

Nous passons notre vie à faire des choix, à prendre des décisions. Pour cela, il nous faut sans cesse, devant l’immensité des possibles, trier, juger, sélectionner, discerner, éliminer avec toujours en tête le risque de se tromper. Quelle pression ! Je suis témoin dans mon entourage proche de l’angoisse terrible produite par cette injonction à « devoir choisir », tout particulièrement pour la jeune génération. Ce n’est pas l’absence, le manque, la rareté qui crée l’angoisse, dit Kierkegaard, c’est le trop plein, le « tout est possible ». Il y a une histoire juive qui raconte cette double contrainte des choix impossibles autant qu’obligatoires. C’est une mère juive qui offre deux cravates à son fils. Une rouge et une bleue. Le matin, le fils descend de sa chambre tout fier avec la cravate bleue autour du cou. Et la mère de s’exclamer : « Comment mon fils, tu n’aimes pas la rouge ? »

Stop ! Pause ! ARRÊTE ! dit Jésus. Arrêtez de vous angoisser ! Vous, ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis et institués. Arrêtons-nous un instant sur cette affirmation posée par Jésus sur chacune de nos vies. Que chacun entre en lui-même pour réfléchir une seconde à cette bonne nouvelle qui lève l’angoisse de toujours devoir choisir. Chacun d’entre nous ici peut se dire à lui-même : J’ai été choisi, sélectionné, désigné, mis à part, consacré. Chacun d’entre nous ici peut s’approprier les paroles dites au prophète Jérémie : Avant de te former dans le ventre de ta mère, je te connaissais. Avant ta naissance, je t’avais choisi pour me servir (Jer 1,5). Nous avons donc été recrutés pour faire partie de l’équipe du Seigneur. Recrutés mais aussi équipés. S’ils veulent gagner la coupe du monde de rugby, les joueurs doivent être capables, motivés, soudés et guidés par une stratégie. C’est exactement ce que Jésus va faire avec ses disciples.

La capacité ? Si vous demeurez en moi et que mes paroles demeurent en vous, demandez tout ce que vous voudrez, et cela vous arrivera. Se savoir choisi, dit Jésus, donne une puissance d’agir qui soulève les montagne. Par cette certitude intérieure, par cette force de conviction qui « donne des ailes », vous pourrez dépasser le défaitisme catastrophiste du « c’est foutu » et du « c’est déjà trop tard ». Les « ça n’est pas possible », les « on a déjà essayé », les « ça ne marchera jamais ». Les « on n’y peut rien » et les « on est trop petits ». Relancer le scoutisme à Roquépine et faire du scoutisme marin à Paris ? Enlever la peinture bleue de l’abside pour y mettre une œuvre d’art qui fera partie du patrimoine dans 150 ans ? Sauver la planète de la catastrophe qui semble inéluctable ? En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui croit en moi fera aussi les œuvres que je fais, et il en fera de plus grandes, parce que je m’en vais au Père (Jean 14,12) Mais il prévient aussi : hors de moi, en effet, vous ne pouvez rien faire. 

Avec la capacité d’agir, Jésus offre aussi la motivation nécessaire… Je vous ai parlé ainsi pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit complète. Y a-t-il meilleure motivation, meilleur moteur intérieur que la joie, le bonheur, le plaisir d’aller travailler quand on sait qu’on est à sa place ? Essayez pour voir le management à la pression, à l’angoisse, à la compétition interne et vous verrez si la productivité sera au rendez-vous ! Tout patron communique sa joie de travailler à son équipe. Demandez aux membres du Conseil Presbytéral de notre paroisse s’ils ont du plaisir à œuvrer ensemble et vous aurez là un témoignage vivant de l’efficience performative de cette parole de Jésus. Notre Église va bien parce que le Seigneur nous partage sa joie et nous avons plaisir à prendre notre part du travail. Notre Église va bien parce que nous avons de la joie de voir des familles avec des enfants qui arrivent, des responsables du scoutisme qui s’engagent, des catéchètes qui se mobilisent pour les enfants. Quelle joie de vous voir ici dimanche après dimanche !

Mais pour gagner la coupe du monde, encore faut-il que l’équipe reste soudée. Voici mon commandement : que vous vous aimiez les uns les autres comme je vous ai aimés. Là encore, dans le management du Seigneur, il n’y a pas de place pour la division, les petites remarques acerbes, les paroles dans le dos, les critiques des uns contre les autres. La parole tue tout aussi bien qu’elle fait vivre. La parole peut être une malédiction aussi facilement qu’elle peut devenir une bénédiction. Hier soir aux journées du patrimoine, un monsieur très gentil me demandait : comment pouvez-vous prêcher sur l’amour ? Mais on ne peut pas prêcher sur l’amour, comme on ne peut pas prêcher sur Dieu. Parce que ce ne sont pas là des objets qu’on peut étudier, décrire ou analyser en restant à distance. Ma mission, lui ai-je dit, consiste à tout faire pour que les personnes qui sortent d’ici se sentent aimés et puissent dire : je ne sais plus trop ce que le pasteur a raconté mais j’étais bien et je suis sorti du culte plus fort, apaisé, relevé, consolé, aimé, avec de la joie dans le cœur. Notre ambition c’est que, ici, chacun se sente aimé comme Jésus nous a aimés.

La capacité, la motivation, l’équipe soudée… Il manque encore à connaître le plan de jeu, la stratégie de l’équipe, la direction à suivre, la vision pour l’avenir de l’Église. Et Jésus répond : Je ne vous appelle plus esclaves, parce que l’esclave ne sait pas ce que fait son maître. Je vous ai appelés amis, parce que je vous ai fait connaître tout ce que j’ai entendu de mon Père. Je ne comprends pas pourquoi les chrétiens continuent à se dire serviteurs. Et même serviteurs inutiles parfois (Luc 17,10) ! Sauf à persévérer dans la haine de soi, nous devrions nous appeler amis ou frères comme les Quakers qui portent le beau nom de « Société religieuse des amis ». Jamais serviteurs et encore moins esclaves. Parce que nous connaissons le projet de Dieu. La semaine dernière je réaffirmais : La volonté de celui qui m’a envoyé, c’est que je ne perde aucun de ceux qu’il m’a donnés (Jean 6,39). Aujourd’hui, Jésus continue :  Je vous ai parlé ainsi pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit complète.  Son projet c’est que notre joie soit complète. On appelle cela la jubilation. Je le disais dimanche dernier : l’Église doit être festive ou elle n’est pas. Voilà l’extraordinaire projet de Dieu auquel nous sommes associés. Jubilation. Il faut s’arrêter une minute pour jouir de ce cadeau, pour le savourer un temps entre nous, en profiter un instant seulement, avant d’aller porter du fruit, pour les autres, pour le monde. Nous ne pouvons pas simplement jouir de ce cadeau de manière égoïste parce que, ce qui glorifie mon Père, dit Jésus, c’est que vous portiez du fruit en abondance. Tout sarment qui, en moi, ne porte pas de fruit, il l’enlève. Et de conclure : c’est moi qui vous ai choisis et institués pour que, vous, vous alliez, que vous portiez du fruit et que votre fruit demeure.

Alors, que faire ? Avoir l’objectif c’est bien mais il manque encore la stratégie, le plan de jeu, la manière d’accéder à la victoire. Là encore Jésus est très clair. Voire même insistant au moment de faire son discours d’adieu. 13 fois de suite Jésus répète son exhortation. Comme s’il touchait là un point de fragilité sur lequel il veut tout particulièrement attirer notre attention. C’est un peu comme le coach qui arrive dans le vestiaire juste avant le match. Il n’a que quelques minutes pour aller à l’essentiel, trouver les mots pour galvaniser son équipe. Et ces quelques mots, il va les marteler 13 fois de suite : Demeurez dans mon amour !  Il faudrait que je vous raconte ici l’histoire de la communauté de Jean l’Ancien. Son Église a été traumatisée par un schisme quand une grande partie des membres décide de partir parce qu’ils ne croient plus en l’amour de Dieu pour le monde. Pour eux, notre monde est mauvais, voué à la perdition. Et chacun doit faire tout son possible s’échapper de cette prison charnelle et terrestre en retrouvant en soi son essence divine et spirituelle. On appelle cela la Gnose. On comprend l’insistance de l’Évangile de Jean.

Demeurez dans mon amour ! F & S, chers amis du Christ, demeurer c’est décider de rester ensemble, de ne pas déchirer le corps du Christ avec trop de légèreté. Non pas parce que, chez les chrétiens, « tout le monde il est beau et tout le monde il est gentil » mais parce que les uns et les autres, nous savons que nous sommes rattachés à la même source. C’est ce qui permet de partager le pain et le vin avec des gens qui n’ont pas le même âge, le même statut social, les mêmes opinions politiques, le même compte en banque, qui n’aiment pas la même musique ou qui ne partagent pas la même manière de prier que nous… Quoi qu’il en soit, nous savons que nous sommes les sarments d’une même vigne.

Demeurez dans mon amour ! Parce que demeurer, ce n’est pas seulement rester ensemble, c’est aussi avoir une demeure, un chez-soi où habiter, comme le Christ, la Parole devenue homme et qui a habité parmi nous (Jean 1,14). Nous ne sommes pas des sans-domicile fixe spirituels : nous habitons l’amour de Dieu. C’est notre maison, notre chez-nous, notre abri, notre refuge. Le lieu de notre intimité. Là où nous pouvons retirer nos chaussures pour aller nu-pied comme Moïse devant le buisson ardent parce que ce lieu est sacré (Ex 3,1-7). On s’y sent bien. Pas besoin de faire semblant, de porter un masque, de jouer un rôle : nous pouvons être nous-mêmes sans effort. Je forme le vœu que chacun ici présent, habitués ou nouveaux venus, vous puissiez vous approprier cette maison comme étant la vôtre. Que vous vous sentiez ici chez vous. Que vous ayez envie de dire : ici, je ne suis pas seulement de passage, c’est MON Église. Il y a un test d’ailleurs pour savoir si vous avez passé le cap de l’appropriation. De l’extérieur on dit : je vais à la paroisse du Saint-Esprit. Et puis à un moment donné, vous direz : je suis de Roquépine. Vienne ce jour béni où vous ferez de ce lieu votre demeure pour habiter avec nous l’amour de Dieu.

Demeurez dans mon amour ! Il y a un 3ème sens possible à cette expression. Celui de la persévérance et de l’effort à fournir pour résister, tenir bon, rester fermes et ne pas trembler les jours de tempête, de doute, d’inquiétude, de tension. Ce n’est pas un amour sous condition, comme ces hommes qui restent fidèles tant que leur épouse est riche, jeune et appétissante. Ne calcule pas tes dépenses, allonge tes cordes et fixe bien tes piquets dit le prophète Esaïe (54,2). Bien entendu notre Église n’est pas parfaite, loin s’en faut. Il y a tellement de chantiers à ouvrir, de projets à mener, d’imperfections à corriger. Sachez que tant que je serai dans cette Église, elle ne sera pas parfaite. Quand le Seigneur nous invite à nous aimer comme il nous a aimé, croyez-vous que nous étions sans défaut, sans faiblesse, sans tâche ? Nous savons tous que l’herbe est toujours plus verte ailleurs et je fais partie de ces gens qui, au restaurant, regardent toujours l’assiette du voisin en regrettant mon choix. Demeurer dans mon amour est un appel à aimer son Église de l’intérieur pour la transformer de nos fruits. C’est un appel à la fidélité, à l’engagement, à la parole tenue. Que votre oui soit oui, que votre non soit non (Matt 5,37). C’est donc aussi être fidèle à soi-même par-delà le « soi » qui change au gré des rencontres et des expériences, il y a le « même » qui dure à l’épreuve du temps. Une fidélité qui, comme YHWH au buisson ardent répond à Moïse en affirmant : Je suis qui je suis (Ex 3,14). Nous voulons rester fidèles à nous-mêmes. Cela signifie que nous sommes ici à Roquépine ancrés dans une identité forte et solide. Nous ne sommes pas des enfants ballotés à tout vent de doctrine (Eph 4,4), qui p§@( uarlent avec le dernier qui a parlé (même s’il parle fort), au gré des modes et de l’air du temps. La solidité de notre identité de protestants réformés est pour nous source d’une confiance possible, signe d’une maturité et d’une solidité à l’épreuve des 500 dernières années qui se sont écoulées. Ancrés fermement dans l’amour du Christ, nous essayerons ensemble de rester fidèles, à l’image de nos anciens qui ont porté cette Église jusqu’à nous, confiants dans l’amour indéfectible de notre Dieu. Amen.

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Pasteur de l’Eglise Protestante Unie du Saint-Esprit

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