Dimanche 11 janvier 2026, temple du St-Esprit
Jean Baptiste est un témoin.
Un grand témoin, car si l’Evangile de Jean commence par l’affirmation que la Parole était au commencement avec Dieu et que par elle tout fut créé et qu’ensuite elle a été faite chair en Jésus, Jean Baptiste est le premier témoin de cette incarnation : car il reconnait en Jésus le Fils de Dieu.
Et cette reconnaissance est synonyme de foi.
Jean est un témoin de la foi.
Il a deux regards à travers lesquels plusieurs niveaux de la réalité sont présents : il voit simplement cet homme Jésus venir vers lui. Et en même temps, il voit avec des yeux « spirituels » suite à la Parole qu’il a reçue auparavant et à laquelle il se fie :
« L’homme sur qui tu verras l’Esprit descendre et demeurer, c’est celui-là qui baptise dans l’Esprit Saint » (Jn 1, v. 33).
On pourrait se méprendre à propos de Jean.
Jean est tout sauf un self-made man, même si on pourrait voir et qu’on a certainement vu en lui en son temps un grand leader spirituel parmi tant à son époque.
Cependant sa vision de lui-même est toute autre : il se voit tout comme le ministère dont il est investi, comme le phénomène d’un instant, une époque dans l’histoire, un maillon dans la chaine des événements qui se succèdent.
Ses paroles et ses actions sont précédés par un Autre infiniment plus grand que lui et pointent vers un autre horizon, un après qui ne lui appartient pas, mais qui appartient encore à celui dont il témoigne.
C’est le sens de ses paroles sur le Logos qu’il prononce deux fois dans le texte : « Après moi vient un homme qui m’a devancé, parce que, avant moi, il était. »
A la lumière de celui qui vient et en qui il reconnait le Fils de Dieu, Jean-Baptiste prend les dimensions de sa propre vie : une existence ponctuelle, une finitude qui s’étend entre deux points.
Et spirituellement cela signifie pour lui qu’il a tout reçu d’un Autre, cet Autre qui remplira l’histoire de son éternité et de sa lumière.
Oui, Jean-Baptiste se comprend comme un passeur.
Il se soumet en toute humilité à une mission suspendue à la venue de Celui qui était avant lui et qui sera encore à l’œuvre après lui.
Et son existence puise tout son sens dans le témoignage qu’il pourra donner de la rencontre avec cet Autre qu’il a la grâce de connaitre dans l’ici et maintenant de sa vie.
Le maître-mot est ici « connaitre » ; dans le sens hébreu du terme, qui suppose une rencontre intime.
C’est par grâce que Jean Baptiste a rencontré en Jésus, le Christ. Avec cette rencontre s’ouvre pour lui une autre dimension spatio-temporelle.
C’est pourquoi il peut dire qu’avant il ne connaissait pas Jésus et que maintenant il le connait.
Voilà ce qui donne sens au baptême d’eau qu’il pratique et confère à ce dernier une valeur d’annonce de l’arrivée du seul qui peut baptiser dans l’Esprit, parce que l’Esprit habite en lui.
Ainsi la rencontre avec le Christ fait de Jean Baptiste un témoin humble. Mais attention, cette humilité va de pair avec un choix courageux : car pour devenir un témoin il faut du courage !
Du courage pour affronter le temps venue l’hostilité des foules, de l’opinion publique, ce qui peut impliquer la mise en jeu de sa propre vie.
Pensons seulement au moine Martin Luther devenu réformateur, à Martin-Luther King, à Dietrich Bonhoeffer, l’humilité consiste à faire en soi-même de la place pour Celui qui vient. Et le courage de témoigner est de parler et d’agir de sorte qu’autour de nous d’autres en fassent autant.
Que Celui qui fait irruption dans notre monde puisse y répandre sa lumière d’amour et de paix !
Le courage de Jean Baptiste consiste aussi à dire la vérité sur celui qui vient dans le monde. Une vérité difficile à admettre et qui va à l’encontre de notre attente d’un tout-puissant sauveur.
C’est pourquoi au lieu de parler d’un roi, Jean-Baptiste annonce qu’en Jésus vient l’Agneau de Dieu.
Avec ce nom, l’évangile de Jean renvoie aux chants du prophète Esaïe qui parlent du Messie comme du Serviteur souffrant. Ce dernier porte nos fautes à notre place et meurt, semblable à un mouton que l’on mène à l’abattoir.
Ce portrait d’un Messie humilié prend totalement à contrepied toutes nos représentations triomphalistes. Et nous savons combien on attendait en Israël l’arrivée d’un roi libérateur du joug romain.
Mais nous pouvons aussi tout simplement penser à l’agneau immolé lors de la fête de la Pâque qui fait mémoire de la libération de l’esclavage.
Ainsi Jean annonce la présence d’un Dieu d’amour qui nous pardonne et nous libère de tout ce qui peut nous entraver, nous rendre prisonniers. Il ne changera pas les conditions de vie des peuples, mais il donnera à celui qui lui fait confiance la force d’agir.
Et parce que dans la foi, nous sommes devant le mystère de Dieu, l’évangile de Jean utilise encore une autre image pour désigner Jésus comme Messie : la colombe.
Dans l’imagerie biblique celle-ci représente l’espérance d’une création nouvelle, quand nous pensons au récit du déluge (Gen 8, 11) ou encore l’amour, comme dans le cantique des cantiques (2, 14 et 5, 2) et la paix.
Les deux symboles : agneau et colombe, parlent d’un Messie humble et pacifique qui accepte ce qui rime aux yeux du monde avec défaite et humiliation pour apporter un salut invisible et perceptible seulement avec les yeux de la foi. Oui, cela demande humilité et courage que d’être témoin d’un tel Messie !
En reconnaissant en Jésus le salut du monde, Jean Baptiste est pour nous le témoin de la finitude d’une vie qui est fécondée, portée par ce qui fait justement éclater notre temporalité, nos vies limitées dans le temps et le poids de nos existences.
Comment exprimer cette expérience de rencontre, cette foi-confiance qui l’habite pour qu’elle prenne sens aussi pour nous ?
N’est-ce pas croire que ma vie est précédée par le désir de Dieu, qu’elle est accompagnée par sa Parole et qu’elle est portée toujours et à jamais par son amour ?
L’infini de Dieu, l’expérience de sa présence au-delà des catégories espace-temps, cette irruption de la vie éternelle dans notre temps compté et notre espace limité est aussi exprimé par cette bénédiction dans la liturgie de notre Eglise :
« Dans son amour et sa miséricorde que Dieu te bénisse et te garde. Il marche devant toi pour te montrer le chemin. Il est derrière toi pour prendre soin de toi si tu t’égares. Il est au-dessus de toi pour t’abriter dans la tempête. Il est au-dessous de toi pour te réchauffer quand tu auras froid. »
Frères et sœurs,
Avec Jean-Baptiste, nous pouvons relire notre histoire comme étant précédée, accompagnée et soutenue par Dieu. Nous sommes invités à nous pencher sur l’Evangile, à l’écouter, à le méditer pour déchiffrer le sens de notre propre existence et prendre courage pour faire de la place en nous-mêmes et autour de nous à Celui qui vient et dont l’amour est si grand que rien ne peut nous en séparer.
AMEN.

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