Chronique universelle – Avril 2026

Le 25 février dernier, le Conseil œcuméniqeue des Églises proposait un webinaire sur l’intelligence artificielle. J’ai demandé à Philippe Trolliet, avec qui j’avais eu l’occasion d’échanger sur l’IA et le besoin d’une réflexion sur les risques qu’elle ferait courir, de nous présenter l’intervention d’ Antje Jacklelen, Archevêque émérite de Suède, plus particulièrement chargée durant ce webinaire d’aborder la réponse théologique qui devrait être, à son avis, celle des communautés chrétiennes face à l’IA. Ce pourrait faire l’objet d’une rencontre paroissiale, ou pour le moins d’échanges entre nous.
Si vous souhaitez voir l’ensemble de ce webinaire, vous pouvez le trouver sur la chaine youtube du Conseil œcuménique des Églises (youtube.com/wccworld) sous le titre « The risks of artificial general intelligence : how should faith communities respond ?
»
Merci à Philippe de nous en faire une présentation.
JAC

Ce webinaire du COE était intitulé « The risks of artificial general intelligence : how should faith communities respond?» (Les risques de l’intelligence artificielle générale : comment les communautés de foi doivent-elles répondre ?).

Avant d’aborder l’intervention d’Antje JACKELEN, Archevêque émérite de Suède, j’ai pensé utile de resituer ce webinaire.

Thème central : 

Ce webinaire explore les risques éthiques, géopolitiques et spirituels liés à l’IA, et interroge la manière dont les Églises et les communautés religieuses peuvent y répondre.

Intervenants principaux :

  • Dr. Max TEGMARK – Future of Life Institute
  • Archevêque émérite Antje JACKELEN – Lund University
  • Dr. Kenneth MTATA – WCC, programme Life, Justice, and Peace
  • Dr. Brian GREEN – Markkula Center for Applied Ethics

Points abordés :        

  • Les risques d’une course à l’armement en IA entre grandes puissances.
  • La possibilité d’un cadre international pour limiter ces dérives.
  • Le rôle des communautés de foi dans la réflexion éthique, la vigilance et la promotion d’un usage responsable de l’IA.
  • Une session de questions-réponses et des échanges entre experts.

Ce webinaire du COE n’est pas seulement informatif car il ouvre une réflexion sur la manière dont les communautés religieuses peuvent :

  • devenir des gardiens de discernement face à des technologies puissantes,
  • rappeler la dignité humaine dans un monde de plus en plus automatisé,
  • proposer une éthique relationnelle là où l’IA tend à abstraire ou déshumaniser.

C’est un terrain fertile pour vos propres questionnements sur la symbolique, la responsabilité et la dimension spirituelle des grandes mutations contemporaines.

*****

 Synthèse en français de la présentation de l’Archevêque émérite Antje JACKELÉN (Senior Advisor – Lund University)

Antje JACKELEN intervient en tant que théologienne luthérienne de premier plan, ancienne archevêque de l’Église de Suède, aujourd’hui conseillère académique à l’Université de Lund. Son propos s’inscrit dans une réflexion profonde sur la manière dont les communautés chrétiennes peuvent répondre aux défis posés par l’intelligence artificielle générale (AGI).

1. L’IA comme révélateur de questions théologiques fondamentales

Antje JACKELEN souligne que l’IA ne crée pas seulement des problèmes techniques : elle révèle et amplifie des questions déjà présentes dans la condition humaine, notamment :        

  • Qu’est‑ce que la liberté humaine lorsque des systèmes prédictifs influencent nos choix ?
  • Comment comprendre la responsabilité morale dans un monde où les décisions sont de plus en plus automatisées ?
  • Quelle est la place de l’humain dans la création lorsque des machines semblent imiter certaines capacités cognitives ?

Pour elle, l’IA oblige les Églises à revisiter leurs propres catégories : création, incarnation, relation, vulnérabilité, dignité.

2. Une éthique de la responsabilité relationnelle

Antje JACKELEN insiste sur une éthique qui ne soit pas seulement fondée sur des règles, mais sur la relation :

  • Relation entre humains.
  • Relation entre humains et technologies.
  • Relation entre humains et création.
  • Relation entre humains et Dieu.

Elle rappelle que la tradition chrétienne met l’accent sur la responsabilité partagée, la solidarité et la justice — des valeurs essentielles pour orienter le développement de l’IA.

3. Les risques spécifiques de l’IAG

Concernant l’intelligence artificielle générale (IAG), intelligence artificielle capable d’effectuer ou d’apprendre pratiquement n’importe quelle tâche cognitive au moins aussi bien que l’humain, Antje JACKELEN met en avant plusieurs risques majeurs :

  • Concentration du pouvoir entre les mains de quelques acteurs technologiques ou géopolitiques.
  • Perte de contrôle sur des systèmes capables d’auto‑amélioration.
  • Déshumanisation des relations sociales si l’IA remplace l’interaction humaine dans des domaines sensibles (soins, éducation, accompagnement spirituel).
  • Érosion de la confiance dans les institutions, y compris religieuses, si celles‑ci ne s’engagent pas dans le débat.

 4. Le rôle des communautés de foi

Antje JACKELEN affirme que les Églises ont une responsabilité particulière :

  • Créer des espaces de discernement où l’on peut réfléchir sans naïveté ni panique.
  • Promouvoir une culture de la sagesse, distincte de la simple accumulation de données.
  • Défendre la dignité humaine, surtout pour les plus vulnérables.
  • Encourager une gouvernance internationale de l’IA fondée sur la paix, la justice et la durabilité.

Elle rappelle que la tradition chrétienne possède une longue expérience dans la gestion des tensions entre innovation, pouvoir et éthique — une ressource précieuse pour le débat actuel.

5. Une vision d’espérance

L’intervention d’Antje JACKELEN se conclut sur une note d’espérance :

  • L’IA n’est pas seulement une menace : elle peut devenir un outil au service de la vie, si elle est guidée par une vision éthique forte.
  • Les communautés de foi peuvent contribuer à humaniser la technologie, en rappelant que la valeur de la personne ne se mesure ni à sa productivité ni à ses données.
  • L’avenir dépend de notre capacité collective à choisir la coopération plutôt que la compétition, la sagesse plutôt que la précipitation.

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