« Que celui qui se flatte d’être debout prenne garde de tomber !… »

 

1 Corinthiens 10, 1-13

 

« Que celui qui se flatte d’être debout prenne garde de tomber. »

C’est probablement parce que cette parole va à contre courant des affirmations les plus « protestantes » sur la grâce de Dieu que j’ai souhaité que nous nous y arrêtions. En effet, une lecture un peu superficielle du texte pourrait être la suivante : « vous n’ignorez pas le rôle de la grâce de Dieu. Comment Dieu s’est approché de vous et vous a délivrés. Mais cela est insuffisant. Maintenant si vous voulez être sauvés ; il vous faut lutter contre le péché et gagner le combat contre la tentation … » et vous voyez là s’engouffrer dans la brèche toute la collaboration de l’homme à son propre salut. Pourquoi pas ! Si toutefois cela est l’enseignement biblique. Mais je crois qu’il nous faut entendre bien autrement ce passage.

Certes, le point de départ, c’est la grâce de Dieu et la confiance qu’elle procure.

L’apôtre, de manière tout à fait originale, reprend les grands thèmes de la libération et du salut d’Israël pour les appliquer simultanément à ses frères chrétiens et en tirer la leçon.

La nuée qui conduisait le peuple et le passage de la mer Rouge lui servent d’images du baptême. La manne et le rocher d’où jaillit l’eau en plein désert sont les images de la cène. Les uns comme les autres sont les signes, et même plus que cela, la réalité de la grâce de Dieu qui accompagnait tout le peuple, comme Christ lui-même qui donna sa vie pour tous., nous accompagne. « Ce rocher était le Christ »

Signes et réalités qui nous sont offerts.

Il nous faut entendre et réentendre aussi fortement que possible cette certitude d’une œuvre de Dieu qui s’est accomplie pour nous et au bénéfice de laquelle nous sommes placés. Les images reprises par l’apôtre sont celles d’une œuvre de Dieu totalement « extérieure » à nous, « extra nos » comme disent les théologiens, un peu pédants ! Le peuple d’Israël n’y était pour rien, pas plus que nous. Ce qui s’est fait, ce qui se fait pour notre salut dépend uniquement du bon vouloir de Dieu. Le baptême est l’irruption de Dieu dans notre vie. C’est d’ailleurs pourquoi je reste fermement attaché aux baptêmes des enfants, signe d’une grâce qui leur tombe dessus sans qu’ils n’aient rien demandé… et si un adulte demande le baptême ce doit être pareillement la reconnaissance que Dieu s’est imposé dans sa vie.  Pour la Cène, il en est de même. Ce n’est pas ce moment sympa où nous faisons cercle autour de la table quelle que soit la force de cette image.  Mais elle est avant tout l’affirmation du don sans cesse renouvelé de l’amour de Dieu en Jésus-Christ. Signe et réalité !

Et pourtant, dit Paul, tous ne furent pas sauvés : « la plupart d’entre eux moururent dans le désert », et ne connurent pas la terre promise. Entendons le même avertissement pour nous : notre baptême et la cène que nous partageons ne garantissent rien. Là nous rentrons dans le dur, si vous me permettez cette expression triviale !

Pour expliquer cela, l’apôtre poursuit sa méthode qui consiste à puiser des exemples dans le livre de l’Exode ou celui des Nombres. Il évoque quatre épisodes dramatiques au cours desquels le peuple s’est détourné des prescriptions divines. Chacun s’est terminé par la mort de nombreux israélites.

Alors, comment devons-nous interpréter ces avertissements. Cela signifie-t-il que le péché dans lequel nous savons que nous retombons régulièrement nous écartera de la grâce de Dieu ? Faudrait-il nous abstenir de la cène pour n’être pas trouvés parjures ? La grâce de Dieu n’est-elle en définitive destinée qu’aux saints, aux purs, aux sans fautes ? Même Moïse a douté et cela lui fut imputé au point qu’il n’entra pas dans la terre promise. Qui peut alors être sauvé ?

Que celui qui pense être debout prenne garde de tomber !

Lorsque la crainte ou le doute viennent ainsi nous saisir, l’apôtre répond d’abord par une affirmation :

Dieu lui même est à vos côtés dans la tentation. La tentation n’est pas l’épreuve de vérité qui vous permet de démontrer votre mérite et à Dieu de tester votre foi. La tentation fait parti du donné de votre vie dans ce monde. Dieu le sait et il a choisi de vous y accompagner. Vous n’êtes pas livrés à vous mêmes. Il marche avec vous dans la tentation. Elle ne sera pas au-delà de vos forces.

C’est, vous le voyez, un regard tout à fait différent qui est ainsi posé sur nos rapports avec Dieu. Non pas une vie qui doit faire la démonstration de sa fidélité. Non pas une vie autonome en réponse à l’appel de la grâce et dont le résultat serait pesé en fin de parcours. Mais bien une route commune où Dieu s’engage avec nous. Une œuvre de Dieu à laquelle il nous associe. Nous ne sommes pas collaborateurs de notre salut. Nous sommes sauvés pour collaborer à l’œuvre de Dieu. Et pour cela, il nous soutient dans l’épreuve.

Quand je prie « Ne nous laisse pas entrer en tentation », je me connais suffisamment pour savoir que cela ne va pas marcher à tous les coups et Paul m’aide à comprendre que je dois voir bien au-delà et y savoir l’accompagnement du Christ dans l’épreuve. Accompagne-moi dans la tentation pour que je n’y succombe pas… peut-être devrions nous prier ainsi.

Paul voit cela de manière positive : « Il vous donnera le moyen d’en sortir et la force de la supporter ».

Mail il me semble qu’il faut entendre plus encore que cette parole d’encouragement.

En lançant cet avertissement aux Corinthiens qui se croient à l’abri, « qui pensent être debout », Paul veut leur faire découvrir le chemin d’une vraie confiance en Dieu. Et ce n’est pas une confiance qui se fonde sur des dates anniversaires, celle de notre baptême, celles de nos dernières rencontres avec le Seigneur.

C’est une confiance qui se vit dans le dialogue et la vigilance. C’est un appel à une foi en éveil, qui prend en compte le quotidien de notre existence et cherche à y déceler les pièges de la tentation, qui les regarde en face et demande à Dieu la force renouvelée de sa grâce pour les surmonter.

Ce n’est pas pour rien que notre texte se poursuit par un enseignement sur la cène.

J’y reviens. Elle n’est pas seulement le lieu où nous souvenons avec joie et reconnaissance de l’œuvre de Dieu accomplie en Jésus Christ. Elle est aussi le lieu où prenant en compte la dureté de ce monde, nous nous engageons à y faire face en puisant en Christ les forces dont nous avons besoin. La cène est mémorial, d’abord, mais elle est aussi le renouvellement de notre engagement dans la mission à laquelle Dieu nous convie et pour laquelle il nous met au bénéfice de sa grâce. Nous ne sommes pas passifs dans la célébration de la Cène mais nous nous engageons parce que lui s’engage pour nous.

Je ne sais pas si vous avez été sensibles à la séquence de textes choisis pour ce dimanche : Esaïe ; Le peuple qui marche dans l’obscurité voit une grande lumière…un enfant nous est né. C’est Noël. Matthieu : Jésus marchait le long du lac de Galilée… il leur dit venez à ma suite. Une foule de gens le suivit., et je crois que nous en sommes. Paul : Voyez le peuple d’Israël… Pensez-vous Que nous soyons plus fort que lui ?

Voilà, c’est toute notre histoire de chrétiens ordinaires : Dieu qui a fait irruption dans notre vie, lumière dans la nuit et faiblesse d’un enfant nouveau-né… Appel au bord du lac et décision de le suivre et nous voici, réunis ce matin dans ce temple et qui pensons être debout et à qui Paul dit « Prenez garde de ne pas tomber »

Pourquoi n’en ferions-nous pas le mot d’ordre pour cette nouvelle année (déjà bien entamée) ?

Je l’ai dit la question n’est pas sur le fait de tomber ou non. Nous tomberons mais la question porte sur le « prenez garde »

Le salut est derrière nous si nous faisons confiance au Christ ….

Mais le risque est grand si nous nous croyons « forts ».

Et pourtant le drame serait que nous ne prenions pas le risque de tomber, qu’entendant l’appel du Christ nous n’y répondions pas, car ce que Dieu attend de nous, et qui n’est pas au-delà de nos forces, c’est que nous marchions avec lui. La foi, c’est comme le vélo : Si tu ne pédales pas tu prends un gadin ! Si tu ne lui fais pas confiance pour le suivre, si tu te crois suffisamment fort pour tenir debout… prends garde, tu vas tomber.
Je vous dis c’est un texte pour prendre des résolutions pour cette novelle année tant qu’il est encore temps… Les vœux c’est jusqu’au 31 janvier.
Alors, laissez-moi illustrer mon propos avec deux exemples :

Je suis toujours étonné que nous soyons assez peu nombreux à participer au culte hebdomadaire… Ce n’est pas une obligation. Encore une fois, le salut est derrière nous et n’est pas le résultat de la comptabilité de notre fréquentation MAIS je crains que nous nous forgions de mauvaises raisons : la possibilité de faire la grâce matinée (étrange appellation au demeurant !), la nécessité de faire notre « jogging », ou le pasteur qui ne nous plait pas ou l’accueil insuffisant, ou les chants trop classiques…  Je crains que le fond de notre pensée soit : je suis assez fort pour me débrouiller tout seul… je n’ai pas besoin de cela pour tenir debout. Prenons garde de ne pas tomber.

Deuxième exemple : Je suis toujours étonné que nous soyons 7 ou 8 à nous retrouver en ligne durant une heure et quart tous les 15 jours pour partager un texte biblique. Et je suis sûr qu’il y a plein de bonnes raisons pour cela… Ce n’est pas la bonne heure ; cela retarde mon diner ou m’empêche de voir les informations à la télé… Ce sont quand même des raisons douteuses… Je sais déjà tout sur ce texte ; rien ne m’empêche de le lire ce soir avant de me coucher, il ne m’apprendra rien… Là c’est vraiment plus ennuyeux car le fond de ma pensée c’est que je peux me tenir debout tout seul, je suis assez fort pour cela. Prenons garde de ne pas tomber.
Et comprenons, au moins, qu’aucun de nous n’est assez fort lorsqu’il s’agit de collaborer à l’œuvre de Dieu ; nous avons besoin les uns des autres pour tenir debout, pour prier ensemble, pour écouter et comprendre ensemble, pour glorifier Dieu ensemble, en paroles et en actes. C’est ce que nous souhaitons de mieux pour notre communauté ecclésiale.

Alors comment mieux nous engager dans cette année nouvelle qu’en écoutant l’apôtre : Supportez-vous les uns les autres (dans le sens premier « soutenez-vous »), et, si l’un a sujet de se plaindre de l’autre, pardonnez-vous réciproquement. De même que Christ vous a pardonné, pardonnez-vous aussi. Mais par-dessus toutes ces choses revêtez-vous de la charité, qui est le lien de la perfection. Et que la paix de Christ, à laquelle vous avez été appelés pour former un seul corps, règne dans vos cœurs.    

Vous pensez vous tenir debout…. Prenez garde « ensemble » de ne pas tomber. !
Amen

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