Prédication du pasteur Simon Wiblé
Être tenté, c’est un mot qui est passé dans le langage courant et que l’on dit un peu à n’importe quelle occasion. Quand on veut manger quelque chose et que ce n’est pas trop raisonnable, quand on achète quelque chose qui n’est pas vraiment utile, dont on n’a pas vraiment besoin et pour lequel l’argent aurait pu servir à mieux, alors on dit comme en guise d’excuse : « J’ai été tenté ». Ici, dans le texte que nous examinons ce matin, dans ce passage de l’évangile de Matthieu que nos Bibles intitulent « Tentation de Jésus-Christ », il est question de toute autre chose, de quelque chose de beaucoup plus important et de beaucoup plus sérieux. Avez-vous remarqué que c’est l’Esprit de Dieu qui conduit Jésus au désert pour y être tenté ? Ce même Esprit qui vient au moment du baptême attester qu’il est le Fils de Dieu. Celui-là même ! Grand mystère de cette volonté de Dieu qui conduit les siens dans l’épreuve de la tentation. Pensons à Job, et à cette demande du Notre Père que nous dirons encore tout à l’heure : « Ne nous laisse pas entrer en tentation ».
Comment comprendre cela, si ce n’est avec une grande écoute ? La vie chrétienne est, comme elle a été pour Jésus lui-même, un combat, une relation à Dieu qui accepte les surprises et les chemins qui ne sont pas tous aplanis ni faciles. Oui c’est l’Esprit qui conduit Jésus aussi en ce lieu. Il est aussi question de tout autre chose que d’une phrase banale, car la tentation est faite par le diable, ou le Satan, les deux mots sont mentionnés dans le texte. Ne pensez pas qu’il s’agisse d’un ou deux personnages distincts, mais une volonté de diviser. Le diable, c’est celui qui divise, c’est ce qui veut éloigner de la communion avec Dieu, de la confiance en Dieu. Diviser mettre le doute. Le Satan, c’est celui qui accuse, celui qui nous accuse devant Dieu, mettant en doute notre foi, notre salut. Sommes-nous vraiment enfant de Dieu avec notre comportement qui dit souvent le contraire ? Voilà effectivement en quoi réside la tentation, être confronté à l’accusation et à la division. Au plus profond de nous-mêmes se sentir accusé, et divisé, par cet ennemi qui veut ainsi nous éloigner de Dieu, de la confiance en lui. Jésus vrai homme a connu la tentation, cette blessure secrète qui ronge le cœur et fait douter, il a combattu, comme nous sommes invités à le faire, il déjoue les pièges pour nous ouvrir le chemin de la victoire. Regardons ses tentations de plus près.
La première, celle de la faim. Jésus a faim. Comme tout homme qui ne mangerait pas pendant 40 jours Jésus a très faim, la prière et sa relation à Dieu ne l’empêchent pas de connaître les limites humaines de la faim et de la soif, de la fatigue aussi. Il est épuisé et affamé. Tout cela n’est pas effacé d’un coup de baguette magique, Jésus n’a pas fait semblant d’être un homme, il n’était pas une sorte d’homme qui aurait un pouvoir surnaturel l’empêchant d’être vulnérable.
Aujourd’hui on invente encore de tels héros invincibles. Jésus n’en est pas un. Il a faim, très faim ! Et voilà que le diable lui suggère que s’il est fils de Dieu, il n’a pas à connaître nos limites et nos manques, il doit utiliser sa filiation divine pour un acte de puissance, devenir Dieu dans le sens où les éléments seraient à sa disposition… Qui de nous n’en rêverait pas ? Un pouvoir extraordinaire qui finalement ne gênerait personne au contraire, il permettrait même d’apaiser la faim de l’humanité.
Mais Jésus résiste, il ne veut pas devenir ce magicien, ni poser Dieu comme un magicien qui lui éviterait d’être tout simplement un humain, avec ces manques, ses souffrances et ses limites. Et Jésus en appelle à une autre nourriture, celle de la Parole de Dieu qui fait de nous des enfants de Dieu. Si tu es fils de Dieu dit Satan, alors change ces pierres en pain pour ne plus avoir faim, et Jésus de répondre je suis fils de Dieu et je me nourris avant tout des paroles de mon Père.
La deuxième tentation s’est d’utiliser encore une fois son pouvoir divin pour provoquer Dieu, forcer un miracle, montrer du sensationnel. Là aussi, cela nous ferait tant plaisir. Avoir la preuve tangible de la protection divine, encore une fois c’est une tentation que nous connaissons tous, vouloir avoir des preuves tangibles et si possible épatantes pour pouvoir prouver que Jésus est Dieu, mettre Dieu à notre service, au lieu de le chercher simplement dans notre humanité lui qui est devenu l’un de nous, pour se faire tout proche.
La troisième tentation est dans le même registre, chercher encore une fois à se mettre à la place de Dieu, à vouloir arracher un pouvoir sur la terre, alors que seul Dieu est Dieu, qu’il n’y en a pas d’autre. Gagner ce monde pour le donner à Dieu, c’est le grand rêve, la grande tentation de l’Église à travers les âges. Oui, ce texte nous rappelle que la tentation, toujours la même depuis Adam et Ève, vouloir se mettre à la place de Dieu, devenir semblable à lui, dans le sens de la toute-puissance, n’est pas le chemin que Dieu veut pour nous. Nous devons nous aussi résister à tout ce qui nous ferait croire qu’être chrétien c’est sortir de la condition humaine, c’est éviter les frustrations, les deuils et la mort.
Frères et sœurs, Jésus, le fils de Dieu, nous indique une autre voie, celle de la confiance à la Parole de Dieu qui fait de nous ses enfants sans aucune condition, sans rien avoir à prouver et à mériter simplement parce qu’il nous aime. Oui nous le sommes, fils et fille de Dieu, et nul ne peut nous arracher à cette filiation, pas même le Satan ou le diable, ou n’importe quoi au monde, car Jésus a eu la victoire pour nous.
Amen.


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