« Appel à témoins ! »

Prédication du Pasteur Simon Wiblé

Lecture biblique : Matthieu 17, 1 à 9

Il y a dans la Bible des récits surprenants, des récits où Dieu se manifeste de manière inattendue. Le récit de la transfiguration en fait partie. Nous avons du mal à imaginer que Jésus marchant avec ses disciples devienne tout à coup étincelant de lumière. Voilà qu’il ne s’entretient plus avec ses disciples, mais qu’il est en train de parler avec Moïse et Elie, au sommet d’une montagne ! Déjà, le fait de nous présenter Jésus en gloire nous pose problème, parce que nous avons plutôt l’habitude de le voir en croix, ou en butte à des adversaires ! Les évangiles synoptiques jusqu’ici nous le présentaient comme un homme ; voilà que maintenant, il est comme pénétré d’une réalité toute autre. En effet, et Marc, et Luc et donc Matthieu rapportent cette scène, cet épisode biblique de la transfiguration.

Dans la version originale de l’évangile, le mot de « transfiguration » vient du verbe grec “metamorphozein”. Dans ce récit l’on nous dit que Jésus fait plus que changer d’apparence, et qu’il passe par une sorte de métamorphose, de transformation. Pourtant ce récit n’est pas un récit isolé dans la Bible. Jésus dans ce récit prend auprès de lui trois de ses disciples. Pierre, Jacques et Jean sont rassemblés pour être avec lui. Il les appelle à l’écart, il les prend avec lui et les conduit sur une haute montagne. Il se retire sur la montagne ; il recherche un temps mis à part, un moment de recul par rapport à ce monde. En invitant les disciples à le suivre, il les convie à faire de même et ainsi, à échapper à leurs préoccupations quotidiennes.

Nous avons nous aussi besoin parfois de nous extraire de ces obligations du quotidien qui nous écrasent, nous préoccupent, nous rendent esclaves d’une vie dont nous finissons par nous demander si elle a véritablement un sens. On peut dire qu’au travers de cette invitation, Jésus ouvre pour nous un temps de retrait pour trouver à nouveau dans nos vies le chemin vers Dieu. Prenons-nous le temps ? Un temps, pour nous mettre en retrait (« à l’écart »), pour tout reconsidérer à la lumière de sa parole ? Sommes-nous encore capables et disponibles pour vivre ce temps de retraite spirituelle salutaire, pour chercher la face de Dieu, certains diront, pour rester dans la contemplation ? Pierre, dont les réactions sont souvent surprenantes et déroutantes, comprend qu’il y a ici quelque chose d’essentiel, une brèche ouverte avec la dimension spirituelle. Il aimerait tant prolonger ce moment hors du temps ; il s’adresse à Jésus : “Seigneur, si tu le veux, je vais dresser ici trois tentes…”. Il aimerait faire durer cet instant privilégié en haut de la montagne. Il voudrait rester “là-haut” le plus longtemps possible. Et dans un sens, il a raison : pour lui comme pour nous, il est essentiel de prendre le temps de méditer, au calme ; de vivre un ressourcement, et une communion avec Dieu. Sinon, nous perdons le but, la direction et le sens de la mission confiée à chaque disciple. …

Mais en plus nous perdons peut-être le sens des actes répétitifs et dérisoires du quotidien. Et là Jésus surprend ses disciples ; non, ils ne vont pas demeurer là, ils ne vont pas s’enfermer dans un univers spirituel parallèle. Jésus, devant ses disciples effrayés, s’approche, les touche et leur parle. Il calme leur crainte, il incite ses amis à se relever pour descendre de la montagne. Le Christ, de la même manière, frères et sœurs, nous invite à nous relever. Le récit de la transfiguration est un récit qui annonce la résurrection ; il indique aux disciples présents bien avant le matin de Pâques que la résurrection a déjà commencé. Il nous invite à entrer dans cette logique de vie dynamique de Dieu. Il invite ses disciples à entrer dès cet instant et à commencer à vivre de cette nouveauté. Cf. la métaphore du « train en marche » pour nous figurer ce qu’est le Royaume de Dieu.

Avec Jésus qui a déjà commencé à arpenter au pas de charge les routes de Palestine, plutôt que de franchir une frontière pour entrer dans un nouveau pays, « entrer dans le Royaume de Dieu à la suite de Jésus » s’apparenterait plutôt à monter dans un train en marche. Cela est d’autant plus vrai que, depuis le baptême de Jésus, le Royaume de Dieu n’est plus seulement « à venir », il est « en marche ».

Déjà ici-bas, nous sommes entrés dans ce changement radical, dans cette métamorphose de la résurrection. Dieu nous appelle nous aussi, à vivre notre foi dans le monde au contact des autres, dans la réalité de chaque jour. Et cela en étant porteurs de la Parole qu’il nous a révélée et qu’il a placée devant nous et en nous jusqu’à nous ! Cette parole reçue et vécue non seulement dans nos temps de retraites mais aussi dans la vie de tous les jours. Jésus nous invite à chercher, écouter, recevoir pour donner ce que nous aurons nous-mêmes reçu. Nous arrêter, réfléchir, méditer. Puis nous remettre en marche, aller de l’avant pour mieux rejoindre les autres. C’est à cela que nous invite cet étrange récit de la transfiguration. Avancer.

Car nous ne sommes pas seuls, Dieu fait route avec nous ; au-delà de nos angoisses il nous dit que nous pouvons marcher sans crainte, en nous appuyant sur notre foi et sur ses promesses. Il nous conduit à reprendre courage, à lever les yeux ; à prendre conscience d’une présence aimante à nos côtés. Nous poser les questions vitales du genre : « qui donc est Dieu pour moi aujourd’hui ? Et comment puis-je rendre compte et vivre de ce que je crois savoir ou avoir compris de lui ? » Le retrait du monde, le nécessaire face à face intime avec Dieu nous ramène au monde ou nous vivons pour que nous soyons des témoins engagés ; que nous soyons capables avec d’autres d’être des porteurs d’espérance dans les lieux de conflits de notre monde. Face à toutes ces choses devant lesquelles nous nous sentons impuissants, avec le sentiment d’errer dans ce monde sans pour autant y déceler la présence de Dieu, jaillit un message, une voix qui nous redit : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, celui en qui j’ai mis toute mon affection (que j’ai choisi). Écoutez-le !”.

Frères et sœurs, nous sommes conviés à nous mettre à l’écoute de Jésus, à prier, à nous réunir en Église, … mais avant tout et surtout à nous mettre à l’écoute de sa Parole, la lire, la méditer, la transmettre… Tout cela pour qu’elle nous métamorphose à notre tour. Nous serons tantôt en haut, pour nous ressourcer, nous faire du bien ; tantôt en bas, pour apporter plus loin la force et le sens qu’il nous a donnés. Écouter Jésus, c’est devenir rayonnants à notre tour, rayonnants de joie et de paix, rayonnants de foi, d’espérance et d’amour. Comme Pierre, Jacques ou Jean, nous sommes appelés à devenir les témoins de l’alliance que Dieu conclut avec ses enfants, en Christ. Et grâce à l’Esprit de Dieu, à la lecture de sa Parole, nous pouvons commencer à être transfigurés, nous pouvons devenir des signes visibles de cette Nouvelle Alliance qui sauve et rend lumineux !

Frères et sœurs, pour la fécondité de notre vie chrétienne, devant Dieu et avec les autres, nous sommes fortement appelés à prendre le temps de l’écoute, de la prière et de la méditation de la Bible, afin d’être nourris par l’Evangile. Nous sommes instamment invités à aller de l’avant, pour être des témoins de l’Amour du Père et pouvoir ainsi apporter un peu de tendresse à notre monde déchiré. Que Dieu nous soit en aide !

Amen.

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